26 mai 2008
louise bourgeois
Cellules : parcours dangereux.
Le voici, le grenier de mon enfance.
Dans le grenier de mon enfance aussi il y avait des ossements, je crois même qu'il y avait tout un squelette - ou un demi-squelette. Il y avait de grandes armoires remplies de papiers, de journaux. Moi je m'étais arrangé une niche dans un placard, je tenais juste accroupi dans cet espace intime et rassurant. Quelquefois mon frère s'installait de l'autre coté, lui il lisait je crois, moi je suçais mon pouce.
Dans le grenier de mon enfance aussi il y avait de vieux sommiers métalliques, poussiéreux et défoncés, des livres défraichis, des globes de verre, des bonbonnes renflées.
Dans le grenier (« passage dangereux ») de Louise Bourgeois il y a en plus trois petits sièges et un autre un peu plus grand, en cercle ils font un ronde, ils se tiennent compagnie. Il y a aussi des chaises défoncées suspendues au plafond.
Et cet espace du rêve et de l'enfance est impitoyablement délimité et défini par des grillages, qui m' interdisent tout accès physique mais m'ouvre les yeux sur l'importance et la fragilité de la mise en scène. Jamais bien sûr je ne pourrai retourner dans le passé, le sien pas plus que le mien.
« Le passé est guillotiné par le présent. »
« Les gens se guillotinent à l'intérieur d'une famille. »
Le grillage est là, entre le présent et le passé, entre l'artiste et moi, entre la rêverie et l'accomplissement. Des renfoncements sont aménagés, je peux m'avancer un peu plus, je suis presque dans cet espace magique, et peut-être maintenant est-ce moi qui suis enfermé et de l'autre coté il y a la liberté intérieure.
Cellules : Red Room (child) ; Red Room (parents).
Rien n'a changé non plus dans la chambres des parents. Celle-ci est plus réelle que n'importe quelle chambre de la réalité. Elle scintille, elle vibre des mystères révélés, des étreintes charnelles, de la lutte spirituelle, de la menace du silence et du temps qui passe. La malédiction et le miracle de l'incarnation, de l'organique, du sang et de la passion, de la mort qui menace mais qui est aussi comme une amie.
Et pourtant l'espace est calme, religieux. Des tentures, des objets mystérieux, des coffrets, des « tables de nuit ».
« private ». Le bois éraflé, la peinture écaillée, à l'extérieur. L'approche en spirale. À l'extérieur, mais aussi au centre, dans le miroir.
Dans la chambre de l'enfant, il y a des mains qui s'étreignent follement. Et aussi une lampe à pétrole, rouge, d'un modèle commun.
Femmes-maisons
« j'ai découvert en 1990 que les femmes-maisons étaient des maison vides...
Quand je collecte des maisons vides, je me prouve à moi-même que dans toutes ces maisons personne ne se dispute. C'est ce que j'appelle la zizanie.
Ces gens qui se disputent c'est quelque chose de traumatique. J'ai très peur des scènes, et j'ai surtout peur des scènes, pas entre moi et quelqu'un d'autre, mais j'ai peur des scènes entre deux autres personnes. »
..........
Un sexe masculin je ne savais pas que ça pouvait être comme ça, que ça pouvait être ... représenté comme ça....
Tout rond, « endormi », (sleep), comme joufflu. Une espèce de mécanique repliée sur elle-même, un ressort comprimé ?
Ou alors une « fillette » ridée, ridicule, pas vraiment photogénique, parcourue de plis et de replis, repoussante, attachante, organique, dénudée, naïve, bouleversante. Féminine ?

(La fillette, dans les bras de Louise bourgeois, photographiée par Robert Mapplethorpe, 1985.)
« Je trouve que c'est un objet gentil... »
« Je ne savais pas que les hommes étaient vulnérables... »
Ils sont sept, mais il y a 10 têtes ; 3 personnages sont bicéphales : 3 + 4 = 7, et 3 x 2 + 4 = 10. Il y a des hommes, des femmes. Tous ont l'air heureux.
« Nous sommes fragiles, et nous souffrons d'être fragiles. »
« Ce que je voulais ressusciter, c'était le droit, le droit d'être malheureuse, le droit d'être en deuil (de la France). »
« Introduire des visiteurs dans des maisons vides. »
Les citations sont extraites du film de Camille Guichard « Louise Bourgeois », Arte video.
Centre Pompidou, jusq'au 2 juin. Plus qu'une semaine...
05 mai 2008
rue popincourt
Rue Popincourt, dans le 11ème arrondissement de Paris.
Un panneau de l'histoire de Paris, à l'entrée de la rue, nous dit tout ce qu'il faut savoir:
La rue doit donc son nom à « Jean de Popincourt, premier Président du Parlement, qui possédait ici un manoir. Plusieurs maisons furent construites ici, elles formèrent un petit hameau baptisée Popincourt ».
On imagine les maisons blotties autour du manoir. Et autour, des forêts, des marécages, des chemins mal entretenus ?
Après il y a un temple, les gens s'embrassent, ils ont le droit de partager une nouvelle foi, de sortir de l'ornière de l'obéissance et de la dévotion aux puissants. Mais cela ne dure pas, un an après le temple est détruit, la communauté dispersée, les flammes longuement torturent la nuit.
Les années passent, les couvent des soeurs Annonciades étend son emprise sur un territoire chaque jour plus important. Ses murs protègent, mais aussi ils excluent ; des pauvres sont secourus, d'autres sont chassés. Toutes les courroies du pouvoir se mettent en place. Pouvoir temporel, pouvoir spirituel. Une formidable activité, un vrai business, sur plus de 8 hectares.
Après on ne sait plus ce qui se passe, jusqu'à l'édification de l'improbable «nouvelle Église St-Ambroise», dont on voit les clochers depuis la rue Popincourt.
On ne sait pas comment le quartier autour de la rue Popincourt est devenu ce qu'il est : des ruelles, des impasses, des passages, des « cités », des « villas » ....
...cachent et protègent un peuple industrieux et discret, des coins de verdure, des silences, des tintements d'horloge.
Peut-être les lieux se souviennent-ils de l'ancien temple, des maisons blotties autour du manoir, des couloirs du couvent, du bruissement des robes des soeurs...
Et puis les affiches recouvrent les affiches, les maisons anciennes s'effondrent, d'autres surgissent de terre et de l'appétit des hommes.
D'une ancienne chronique, Pierre Michon, dans son livre Abbés, rapporte ce vers :
« Toutes choses sont muables et proches de l'incertain. »
24 mars 2008
Casse-toi alors pauvre con, et bienvenue chez les ch’tis !
La même semaine, c'était il y a quelques semaines,
notre bienaimé président immortalisait cette maxime du rejet
et du mépris de l’autre (23 février),
et le film de Dany Boon, éloge de l’accueil et de la chaleur
humaine, rencontrait dès sa sortie (20 février) un succès fulgurant et
inattendu.
Inattendu comme le fut d’ailleurs le retentissement du dernier « dérapage » de notre bienaimé président. Car le scandale éclate enfin, et tout le monde prend conscience de la vraie nature de notre bienaimé président : l’appétit à rejeter, à opposer, à susciter et faire monter les tensions, susciter les haines et les rivalités.
Il semble qu’à ce jeu là il se soit fait prendre au piège. À
son tour il est moqué, méprisé, ostracisé. Il essaie de prendre de la hauteur,
il se met en scène dans la solitude du plateau de Glières, hélas il trébuche,
et ce faux pas est cruellement souligné par la télévision d’état !
Notre bienaimé président n’a pas d’affections humaines ; il tente de donner le change ; il ne comprend pas ce qui lui arrive. Le casse toi pauvre con revient sur lui …
Pendant ce temps là nous découvrons le message inverse dans le film de Dany Boon, un film faussement simple, faussement régionaliste, et qui ne se résume pas aux quelques scènes d’anthologie choisies pour la promotion.
Le film joue habilement sur les clichés et contre-clichés qu’on peut avoir sur le pays des ch’tis. Ils sont accueillants et chaleureux, certes, et le film sacrifie assez rapidement à cette vision convenue, comme pour mieux s’en débarrasser. Mais il montre aussi, avec pudeur, mais aussi avec une certaine exactitude, une réalité plus rude : alcoolisme, violence, isolement.
Le fonctionnaire des postes muté dans ch’nord (Kad Merad) essaie de dire à sa femme (Zoé Felix) que ça se passe bien, que les gens sont sympas. Mais cette vérité est proprement inaudible, et il se résout à lui réciter la seule chose qu’elle veuille bien entendre, le cliché d’un nord misérabiliste.
Ce cliché se trouve exactement mis en scène à l’intérieur du
film, dans une mascarade tout à fait étonnante. Cette mise en abîme ne va pas
sans créer un certain malaise ; ce n’est pas vraiment drôle ; c’est
comme si une vérité était alors possiblement dévoilée.
Par cette mascarade en tout cas les ch’tis vont permettre au couple « du sud » de sortir de leurs mensonges et de se retrouver.
Alors que Kad Merad prescrira à Dany Boon de désirer sa fiancée plutôt que sa mère.
Dany Boon, facteur alcoolique, tout près de ciel, et qui carillonne à tout va, transfiguré, puis encoléré, puis enamouré, délivré.
Et pendant ce temps là notre président bien aimé semble s’être
calmé. Mais la cour du Roi continue de donner le même spectacle désolant des
passions les plus vulgaires : au milieu des sourires convenus, le froid
entre Veil et Bruni. Bruni allume Peres avec l’apparente bénédiction de NPBA.
Le même PBA dévore des yeux Rafaeli, un autre mannequin… Bruni et Dati
rivalisent de vulgarité.



Il faudrait parler aussi de cette interview ou Elkabbach flingue en direct Dati.
Dany Boon nous dit ce qu’on peut sauver – ce qu’on doit sauver – des relations sociales « dans ce pays ».
09 mars 2008
amour des mathématiques
« Il lui fallait un calme à l’intérieur du cœur, où les sons
extérieurs n’arrivaient pas.
Lorsqu’il résolvait les problèmes des revues mathématiques,
qu’il les recopiait au propre ou les relisait une dernière fois avant de les poster,
le professeur murmurait très souvent, satisfait des réponses auxquelles il
était parvenu :
— Ah, quel calme.
Quand il avait trouvé la bonne réponse, il ne se sentait pas
joyeux ni libéré, mais calme. C’était un état issu de la certitude que les choses
étaient à leur place, qu’il n’avait plus à se soucier d’ajouter un timbre ni de
gommer, qu’elles allaient rester ainsi éternellement, comme elles l’avaient
toujours été. Le professeur aimait cela.
Par conséquent, que ce soit calme était également son plus
grand compliment. De bonne humeur, il me regardait souvent de la table en train
de fair la cuisine, et quand je préparais des ravioles chinoises, il
m’observait d’un air particulièrement étonné. J’étalais un disque de pâte fine
sur ma paume, posais dessus la farce et refermauis le petit chausson en formant
quatre plis avant de le placer à coté des autres sur une assiette. Il ne
quittait pas des yeux cette banale répétition, sans se lasser, jusqu’au
dernier. Il était tellement sérieux, laissant même parfois échapper un soupir
d’admiration, que cela me chatouillait bizarrement, si bien que je devais me
forcer pour ne pas rire.
Voilà, c’est fait, disais-je en soulevant l’assiette de
ravioles bien rangées, et c’est alors que, les bras croisés sur la table, le
professeur disait en hochant la tête d’un air pénétré :
— Aah, comme c’est calme. »
Yoko Ogawa, La formule préférée du professeur, ed. Babel.
Le binôme de Newton est aussi beau que la Vénus de Milo.
Le fait est qu’il y a bien peu de gens pour s’en aviser.
Ôôôô-ôôôôôô… ôôôôôôô ôôôôôôôô
(le vent là dehors)
Dans la loi faible des grands nombres, il y a aussi une beauté que bien peu ne soupçonnent, hélas, et qui est pourtant une beauté significative, une beauté utile et mystérieuse.
Regardez le petit « n » qui s’est installé bien discrètement, sans faire de bruit, tout au bout de la formule. On dirait qu’il est là presque par hasard, par inadvertance.
Et pourtant c’est lui qui nous assure que notre monde est à peu près vivable, qu’il n’est pas entièrement soumis à l’arbitraire, au montrueux.
Ce petit «
n », c’est le grand
nombre de la loi faible des grands nombres. En devenant très grand, il pousse l’incertitude
du jugement humain vers 0, le contingent vers l’absolu, le provisoire vers l’éternel,
il dévoile le mathématique, trame du réel.
Les travaux et les jours ne sont peut-être pas inutiles, au fond.
Comme hier, comme demain, le jour se lève.
C’est calme.
01 février 2008
rené girard : achever clausewitz
Un livre d'entretiens avec Benoît Chantre, aux éditions carnets nord.
1806.
Napoléon remporte la bataille d'Iena. De sa fenêtre, le philosophe Hegel voit passer
« l'Empereur, cette âme du monde » à cheval. Il voit en lui l'agent de
l'accomplissement de l'histoire, le vainqueur de la définitive bataille, qui
mettra fin à toutes les batailles.
Carl von
Clausewitz, aide de camp du prince Auguste de Prusse, est capturé par les
français. Pour sa part, il voit en Napoléon le « dieu de la guerre », en même temps admiré et détesté. Il est connu pour son livre inachevé « de la guerre ».
Le poète
Hölderlin se retire dans une tour à Tubingen et choisit un silence total de 40
ans.
Lire Achever Clausewitz, et comprendre un peu mieux le temps présent.
L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de la violence,
et l’histoire de la violence, c’est l’histoire de la montée aux extrêmes de la violence.
Selon Clausewitz, l’essence de la guerre c’est le duel. L’activité humaine qui s’en rapproche le plus est le commerce, et, plus encore, la politique. La guerre est un duel de deux nations, de deux puissances, qui va se traduire par d’innombrables duels à plus petite échelle, jusqu’aux duels individuels. La guerre moderne, celle que Clausewitz analyse et célèbre (il redoute le retour de la guerre en dentelles, à laquelle a mis fin le révolution française, avec l’invention du service militaire : « tout citoyen est soldat ») se caractérise par l’action réciproque des deux belligérants l’un sur l’autre, action réciproque qui provoque la montée aux extrêmes de part et d’autre.
Selon Girard, Clausewitz recule devant cette intuition, et on retient de lui la formule : la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Mais les moyens de la politique font pâle figure devant la logique et la fascination de la guerre, et c’est bien la politique qui va suivre docilement la montée aux extrêmes que provoque la rivalité mimétique entre la France et l’Allemagne, rivalité qui va finalement aboutir aux deux guerres mondiales et à la ruine de l’Europe.
Clausewitz fut le témoin d’une accélération de l’histoire de la violence. Et maintenant ?
« On vit un mouvement d’accélération formidable dans la violence universelle. Les hommes vont s’en rendre compte, ils s’en sont déjà rendu compte… » (René Girard, dans une conférence).
On pense bien sûr aux attentats du 11 septembre 2001, et à ce mélange inouï de violence, d’irrationalité et de planification scrupuleuse.
On pense à la réponse des américains, en Afghanistan aussi bien qu’en Irak. Une réponse elle aussi basée sur un mélange d’irrationalité et de planification scrupuleuse, une réponse d'une violence inouïe, quoique plus compréhensible à nos mentalités occidentales, une réponse qui va déclencher à son tour une violence inouïe…
On pense à la mondialisation, à la guerre commerciale, au combat de tous contre tous. Krach boursier, délocalisations, populations déplacées, pays ruinés en quelques secondes, catastrophes écologiques, humanitaires.
On pense à la guerre généralisée, sporadique, imprévisible, tantôt lointaine, tantôt toute proche,et dont nous recueillons les échos au jour le jour, dans une incompréhension et une incrédulité toujours plus grande.
La guerre de tous contre tous.
La mondialisation est la continuation de la guerre par d’autres moyens.
« Les guerres mondiales avaient marqué une étape dans
la montée aux extrêmes. Le 11 septembre 2001 a été le début d'une nouvelle
phase. Le terrorisme actuel reste à penser. On ne comprend toujours pas ce
qu'est un terroriste prêt à mourir pour tuer des Américains, des Israéliens ou
des Irakiens. La nouveauté par rapport à l'héroïsme occidental est qu'il s'agit
d'imposer la souffrance et la mort, au besoin en les subissant soi-même. Les
Américains ont commis l'erreur de « déclarer la guerre » à Al-Qaeda alors qu'on
ne sait même pas si Al-Qaeda existe. L'ère des guerres est finie : désormais, la
guerre est partout. Nous sommes entrés dans l'ère du passage à l'acte
universel. Il n'y a plus de politique intelligente. Nous sommes près de la
fin. »
(René Girard, Dans une interview au Point,
18-10-2007.)
René Girard est ce qu’on peut appeler un penseur chrétien.
Ses livres ont souvent des titres très évocateurs, très poétiques :
mensonge romantique, vérité romanesque ;
la violence et le sacré ;
des choses cachées depuis la fondation du
monde ;
la route antique des hommes
pervers ;
je vois Satan tomber comme l’éclair ; …
Mensonge romantique, vérité romanesque :
« Croire à l’autonomie de notre désir c’est l’illusion
romantique qui est à la base de la plus large littérature. Découvrir la réalité
du désir, dévoiler le médiateur, c’est ce que réalisent les grands romanciers
comme ceux qui sont étudiés dans ce livre, c’est accéder à la vérité
romanesque… Dans Jean Santeuil, premier roman inachevé de Proust,
l'écrivain place son héros dans la loge de Mme de Guermantes, arrivé, heureux
et triomphant. Dans À la recherche du temps perdu, Proust inverse son
point de vue, et place le narrateur dans le parterre obscur, contemplant avec
avidité l'objet inaccessible de son désir, la loge de Mme de Guermantes. Cette
inversion, révélatrice de la véritable nature du désir, donne à la scène la
profondeur et la grandeur littéraire qui faisaient défaut à la scène
correspondante de Jean Santeuil. »
(Article wikipedia sur René Girard)
La Violence et le Sacré.
La violence est l’autre nom du sacré, le nom qu’elle se
donne quand elle se dissimule.
Des choses cachées depuis la fondation du monde.
(Goya : assemblée d'ensorcelés ; Madrid, musée du Prado)
La route antique des hommes pervers.
Les hommes
pervers ce sont ceux dont
« au spectacle de leur chute, les justes se
réjouissent,
et l’homme intègre se moque d’eux :
comme elle est réduite à rien leur grandeur !
et quel feu a dévoré leur abondance ! »
(la Bible de Jerusalem, livre de Job, 22, 19-20
Les hommes pervers : ainsi leurs persécuteurs les voient-ils.
Je vois Satan tomber comme l’éclair : et puis après l’éclair, après l’orage, après la bataille, il vient une drôle de paix, la paix des cimetières, la paix des braves ? Si la victime est là, et si nous pensons à elle pour quelque temps encore, le persécuteur, lui, a disparu.
« Au fond, les rapports humains pour nous ne sont pas
vraiment problématiques. La psychologie des individus est problématique. Il y a
des gens qui sont qui sont un peu nos boucs émissaires et qui sont censés être
malades, c’est pour ça que nous avons de mauvais rapports avec eux. Ils ont
besoin d’être psychanalysés, nous jamais. Nous, nous pouvons psychanalyser les
autres, mais nous n’avons jamais besoin d’être psychanalysés.
À mon avis la situation des rapports humains est beaucoup
plus simple. La violence, les mauvais rapports, n’appartiennent pas à tel ou
tel individu. La violence est située entre les individus.
…
Il y a dans les rapports humains quelque chose
d’extraordinaire, quelque chose qui n’est pas dans l’individu, quelque chose
qui évolue, qui n’est pas immédiatement définissable, et dont il faut parler
essentiellement. »
(R.G, conférence)
« Chacun se croit seul en enfer et c’est cela l’enfer » écrit René Girard, en écho à Lacan : «en enfer nous y sommes déjà ».
Je ne pense qu'il faille voir en René Girard un penseur ou
un philosophe au sens classique du terme, quelqu'un qui construit une théorie, et
se mesure à ses prédécesseurs, ses semblables (toujours la rivalité mimétique
!), quelqu'un qui va ajouter modestement sa pierre à l'édifice. Il est vrai
qu'il n'argumente pas toujours, et s'il le fait ce n'est pas forcément
convaincant.
Chacun est donc libre de balayer d'un revers de main sa
réflexion. Mais plutôt que de céder à «notre obsession maladive de la contradiction», on peut chercher dans ce livre la lueur de vérité qu'il récèle, en accepter la rude révélation. Dans ses précédents
livres il a pu agacer par une adhésion trop évidente et trop rationnalisée
aux dogmes les plus (in)discutables du christianisme, mais maintenant
il ne s'agit plus de cela. La vulgate chrétienne est abandonnée, il reste que « le christianisme est la seule religion qui aura prévu son propre échec. Cette prescience s'appelle l'apocalypse. » Il s'agit de dessiller le lecteur sur le temps présent, pas
d'échanger des arguments abstraits sur des problèmes éthérés.
Après la conférence de René
Girard, un des élèves de Richard Pin a posé deux très bonnes questions: 1)
est-ce qu'on doit être chrétien pour comprendre à fond la théorie mimétique? et
2) est-ce que celui qui connaît la théorie mimétique est par là moins
susceptible d'être violent? René Girard a répondu non aux deux questions--le
fait de connaitre la théorie mimétique, a-t-il précisé, ne l'empêche pas de se
mettre en colère contre ceux qui ne prennent pas au sérieux la théorie
mimétique!
...
...
(extraits du blog de Trevor
Merril, dans le site de l’Association Recherches mimétiques
Deux étrangers au bout du
monde, si différents
Deux inconnus, deux anonymes,
mais pourtant,
Pulvérisés, sur l’autel, de
la violence éternelle.
Renaud, Manhattan Kaboul
Everybody
is shouting, which side are you on ?
(Bob Dylan, desolation row)
En exergue du livre achever Clausewittz, cette citation de Pascal :
C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie
d'opprimer la vérité.
Tous les efforts de la violence ne peuvent
affaiblir la vérité,
et ne servent qu'à la relever davantage.
Toutes
les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence,
et
ne font que l'irriter encore plus.
Quand la force combat la force, la
plus puissante détruit la moindre ;
quand l'on oppose les discours aux
discours,
ceux qui sont véritables et convaincants confondent et
dissipent
ceux qui n'ont que la vanité et le mensonge ;
mais la
violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre.
Qu'on ne
prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales :
car il y a
cette extrême différence,
que la violence n'a qu'un cours borné par
l'ordre de Dieu,
qui en conduit les effets à la gloire de la vérité
qu'elle attaque :
au lieu que la vérité subsiste éternellement, et
triomphe enfin de ses ennemis ;
parce qu'elle est éternelle et
puissante comme Dieu même.
Ici résidera notre espoir. L'apocalypse a commencé. Mais il a lui aussi ses faux prophètes...
05 janvier 2008
recherche du silence, 3
« … ses lèvres allaient l’une contre l’autre avec ce
remuement opiniâtre dont les vieillards se repaissent de quelque chose qu’on ne
sait pas, succulence rêvée ou mots que depuis si longtemps il faut taire. Il m’apparut
très pauvre et nu, aspirant au silence, redoutant le silence. J’attendis qu’il
parlât ; les appels discordants des mouettes emplissaient le soir ;
levant les yeux, et d’un geste vague qui peut-être m’indiquait ces voix
obscures portées par des vols si diurnes, il commença : « La musique,
aussi, l’exercice de la lyre… » ; puis, élevant au bout de son bras ce qui
n’était plus une main : « J’ai été un bon musicien. »
...
Pierre Michon, L’empereur d’Occident.
« Nous tenons là une date absolument décisive. C’est le moment où Hegel voit « passer l’esprit du monde à cheval » sous ses fenêtres ; où Clausewitz se rapproche du « dieu de la guerre » ; et où Hölderlin sombre dans ce qu’on va bientôt appeler sa « folie ». Ces trois événements ont lieu la même année... Hölderlin va se retirer pendant quarante ans dans la tour d’un menuisier de Tübingen. On lui rend visite, on lui parle, on sait par son hôte qu’il passe des journées entières à réciter ses œuvres, voire à rester prostré dans un silence total. Hölderlin a cessé de croire en l’Absolu, ce qui n’est pas le cas de ses amis d’hier : Fichte, Hegel ou Schiller. Mais il n’y a jamais chez lui les signes d’une démence excessive. Nous devons être à la hauteur de ce silence. »
René Girard, Achever Clausewitz.
« Écoute... Écoute... Dans le silence de la mer il y a comme un balancement maudit qui vous met le coeur à l'heure. »
Léo Ferré, Il n'y a plus rien.
Le balancement maudit, oui... Pourquoi maudit ? Pourquoi pas bénit ? Qu'y a-t-il donc de mal dit, que nous n'entendions si bien ?
Écoutez, écoutez... À la fin, il y a comme des notes, des soupirs, des surgissements de silence...
23 décembre 2007
la société du spectacle
« Le spectacle se
présente comme une énorme positivité indiscutable et inaccessible. Il ne dit
rien de plus que « ce qui apparaît est bon, ce qui est bon
apparaît ». L’attitude qu’il exige par principe est cette acceptation
passive qu’il a déjà en fait obtenue par sa manière d’apparaître sans réplique,
par son monopole de l’apparence. »
« Le spectacle se soumet les hommes vivants dans la mesure où l'économie
les a totalement soumis. Il n'est rien que l'économie se développant pour elle-même. Il est le reflet
fidèle de la production des choses, et l'objectivation infidèle des producteurs. »
« La première phase de la domination de l'économie sur la vie sociale
avait entraîné dans la définition de toute réalisation humaine une évidente dégradation de l'être
en avoir. La phase présente de l'occupation totale de la vie sociale par les résultats
accumulés de l'économie conduit à un glissement généralisé de l'avoir au paraître, dont tout
«avoir» effectif doit tirer son prestige immédiat et sa fonction dernière. En même
temps toute réalité individuelle est devenue sociale, directement dépendante de la
puissance sociale, façonnée par elle.
En ceci seulement qu'elle
n'est pas, il lui est permis d'apparaître. »
« …Déduisons-en une
règle générale: la portée existentielle d'un phénomène social est perceptible
avec la plus grande acuité non pas au moment de son expansion mais quand il
se trouve à ses débuts, incomparablement plus faible qu'il ne le deviendra
demain. Nietzsche remarque qu'au XVIe siècle l'Église n'était nulle part au monde
moins corrompue qu'en Allemagne et que c'est à cause de cela que la Réforme a
pris naissance précisément là, car seuls les « débuts de la corruption étaient
éprouvés comme intolérables ». La bureaucratie à l'époque de Kafka était un
enfant innocent en comparaison de celle d'aujourd'hui, et c'est pourtant Kafka
qui a découvert sa monstruosité qui depuis est devenue banale et n'intéresse plus
personne. Dans les années soixante du xxe siècle, de brillants philosophes ont
soumis « la société de consommation» à une critique qui s'est trouvée au fil
des ans si caricaturalement dépassée par la réalité qu'on se sent gêné de s'en
réclamer. »
« La discussion creuse sur le
spectacle, c’est-à-dire sur ce que font les propriétaires du monde, est ainsi
organisé par lui-même : on
insiste sur les grands moyens du spectacle,afin de ne rien dire de leur grand
emploi. On préfère souvent l’appeler, plutôt que spectacle, le médiatique. Et
par là, on veut désigner un simple instrument, une sorte de service public qui
gérerait avec un impartial « professionnalisme » la nouvelle richesse de
la communication de tous par les mass-média,
communication enfin parvenue à la pureté unilatérale, où se fait paisiblement
admirer la décision déjà prise. Ce qui est communiqué, ce sont les
ordres ; et, fort opportunément, ceux qui les ont donnés sont également
ceux qui diront ce qu’ils en pensent. »
Et nous sommes en 2007… Aujourd’hui,
de quoi va-t-on rire ?
« L'ancienne top-model devenue chanteuse à succès, est âgée
de ***. Fille d'un compositeur d'opéra, ***, et d'une actrice et pianiste
concertiste, ***, elle a vécu en Italie jusqu'à l'âge de cinq ans. Elle est la
soeur de l'actrice, scénariste et réalisatrice ******. Devenue top-model en ****
elle met un terme à sa carrière de mannequin dix ans plus tard. Elle se
consacre alors à la musique, écrit des textes pour *** avant que ne sorte son
premier album en ***,********, qui connaîtra un beau succès…. En ****, elle
avait donné naissance à son fils ****, dont le père est *********, le fils du
philosophe ******** avec qui elle avait vécu auparavant.
...
Au sommaire donc, sous le titre on ne peut plus explicite **********,
la dame de coeur du ****, des photos, prises au vu et au su des intéressés
samedi, qui montrent **** en compagnie de l'ancien mannequin d'origine
italienne, se promenant à ****. Le ************ apparaît souriant et détendu,
apparemment peu désireux de se cacher même si, ce dimanche, l'***** se refuse à
tout commentaire sur le sujet.
...
Selon L'****, le couple avait déjà été aperçu la semaine passée dans les
jardins du *******. ******** et ********** se promenaient alors avec la mère de
la chanteuse. Sur l'antenne de **, ********, directeur de la rédaction de L'******,
a indiqué que ********** elle-même, qu'il présente comme "une
amie", lui aurait confirmé la réalité de la relation. Une relation qui
aurait débuté après un dîner chez le publicitaire ******... »
16 décembre 2007
musée du quai branly
« Monsieur Jacques Chirac, président de la République,
qui a voulu le musée du quai Branly pour rendre justice aux arts des peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, en reconnaissant leur places essentielles au sein du patrimoine universel, et contribuer ainsi au développement nécessaire entre les cultures et les civilisations,
a inauguré ce bâtiment le 20 juin 2006.
Jean Nouvel architecte»
Tout est dit. On
dirait presque un aveu.
Il est temps en effet de rendre justice aux arts des peuples
« d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques ».
Rendre justice aux peuples du monde entier, à peu de choses
près.
Pour ce peu de choses, voir dans tous les autres musées, s’ils
ne sont pas ethnographiques.
Voir l’art occidental, mais ce mot résonne soudain de
manière bizarre.
L’occident opposé au reste de l’humanité. Ce reste de l’humanité
que l’on ne peut pas nommer (voir l’appellation topographique, creuse et neutre
« musée du quai Branly »),
Cet occident obsessionnel, hégémonique, pléthorique, qu’on
ne peut pas définir.
Remarquez, il y a des trucs pas mal.
Mais ici il ne s’agit pas de ça. À l’intérieur ça se présente comme un réseau de galeries obscures et chaleureuses. On pense à des sentiers tracés dans la forêt, et aussi au fonctionnement organique, secret, de nos corps, à une matrice protectrice. Dans des replis on peut s’assoir et voir les gens passer dans la pénombre.
Les vitrines multiplient les reflets des œuvres, les reflets se mêlent aux œuvres, aux gens, à ton reflet à toi, dans la vitrine que tu déchiffres, à la recherche de ton mystère.
Dans des renfoncements plus obscurs encore, un éclairage parcimonieux (on a du mal à repèrer, puis lire les étiquettes ! qui d’ailleurs sont d’une exemplaire concision, se gardant bien de vous distraire de l’essentiel) laisse l’ œuvre exposée vibrer de toute sa force. La petitesse de la salle fait que vous êtes seul, c’est vous qui vous penchez, qui allez à l’œuvre, et vous pourriez vous penser vraiment en voyage, enfin face à du vivant, à de l’inconnu.
Vous pouvez ainsi voyager à travers toute l’Afrique, un voyage express, mais épuisant et pourtant frustrant. Passé le Maghreb – pas si lointain – on pénètre aussitôt dans l’inconnu, et vous parcourez des lieux mystérieux et prestigieux et familiers et oubliés : la falaise de Bandiagara, la boucle du Niger, le plateau du Bihé… Et puis le voyage est déjà fini, et vous n’avez rien vu…
Notre ignorance est immense.
On se retrouve soudain face à face avec l’inconnu.
Et l’inconnu pour nous maintenant c’est
la naissance
l’homme et la femme
la mort
et aussi la guerre le sacrifice et le don et le partage
Une exposition temporaire est là pour vous rappeler à l’ordre. Anne Noble, une néo-zélandaise, vous ramène à la triste réalité de ce qu’est souvent l’art contemporain, faut-il dire l’art occidental ?
Et puis une autre exposition, les premiers daguérréotypes de personnages africains. Le regard, scientifique et colonial, posé froidement sur l’infinie tristesse du colonisé.
«Les philosophes : Le Monde n’a pas d’age. L’humanité se déplace, simplement. Vous êtes en Occident, mais libre d’habiter dans votre Orient, quelque ancien qu’il vous le faille, — et d’y habiter bien. Ne soyez pas un vaincu. Philosophes, vous êtes de votre Occident.»
Arthur Rimbaud, une saison en enfer.
14 novembre 2007
recherche du silence, 2
Mai 2007, Parc du bic, rive sud du Saint-Laurent, Québec, Canada. Ce qu'on voit, ce n'est pas la mer, c'est le Saint-Laurent. On ne voit pas l'autre rive, elle est très, très loin. Le fleuve se confond avec le ciel. Ce qu'on entend, on entend presque le silence, il n'est pas encore tout à fait là, il y a encore quelques distractions possibles, mais entendez le, il vibre au loin, et tout le paysage vibre avec lui !
27 octobre 2007
chalencon
Dans la haute Loire. Il y en a un autre en Ardèche, rien à voir.
Un tout petit village qui domine une vallée sauvage, avec quand même un chateau et une église,
et un pont, le pont du diable. Tout a été refait à neuf, comme pour accueillir les touristes, mais ça en reste là : pas une seule échoppe, pas un café... N'empêche qu'il y a quelques touristes, et une dame très gentille fait visiter l'église, donne quelques explications, mais presse tout de même les gens, vous comprenez, il est tout de même midi...
Dans le sombre de l'église, une pietà naïve et populaire
Au plafond des graffitis mystérieux. Des élèves d'une école d'architecture les ont reproduits fidèlement sur un panneau, à des fins d'étude ?
Les gens du village ne se cachent pas, mais ne se montrent pas. Ils vivent leur vie, dans le silence d'une rivière bavarde et invisible, et les murmures du vent.
Un sculpteur inconnu a laissé le porche de sa cour ouvert. Au fond de la cour, disposés dans une ancienne grange, à la hauteur d'un violent contraste d'ombre et de lumière, on voit entre autres :
un jeune homme triste, un mineur réjoui, une dame nue, grasse et sensuelle, un autre jeune homme à l'air plutôt satisfait,des chats, des statuettes égyptiennes...
Voilà, la visite est terminée. Nous rejoignons notre voiture (il a fallu se garer un peu plus haut, avant que de franchir le pont). Dans un pré, deux chevaux se tiennent compagnie.
Recherche du silence, 1
09 août 2007
des échos assourdis de sarkozie
La Sarkozie est un pays nouveau, qui se confond à peu près avec l'ancienne France, mais ne lui est pas tout à fait identique.
Avoir des nouvelles de ce pays n'est pas difficile : il suffit d'allumer la télé, lire des titres des journaux, écouter la radio... Ce serait plutôt d'échapper au pilonnage incessant qui est difficile. Un pas de coté, un regard en biais, et voilà ce qu'on voit :
![]()
C'est dans le dernier acte que le personnage se révèle enfin tel qu'en lui-même. Un adoubement, une confession, une allégeance. Le regard vide et fuyant du traitre, la discrète satisfaction du manipulateur.
Alors à son dernier acte à lui, qu'en sera-t-il, verra-t-on sa vraie nature ?
À moins que brusquement ne se révèle...
En tout cas, une chose est sûre : qui a vaincu par la com', périra par la com'.
En attendant, supporter les provocations :
"Vous souhaitez communiquer sur vos vacances, M le président ?
-Oui. Faites dire que la location coûte 30 000 $ par semaine."
(Charb dans le dernier Charlie-Hebdo)
et les insultes :
"Elle est de la race des seigneurs"
(Cécilia à propos de Rachida, ou l'inverse. Et nous qui ne sommes pas de la race des seigneurs, sommes-nous de celle des esclaves ? des serfs ? sommes-nous la racaille ? )
Que faire contre le tout Sarkozy. Le dénoncer c'est l'aggraver. Se taire c'est l'approuver.
01 août 2007
paris, le 28 juillet 2007
De République au pont Sully
Allez, saute !

si t'as pas peur de Rébecca...

puis grises peintures, rue Amelot

Vasques de riches (contrepoint jaune)


Place de la Bastille, Rue St-Antoine

Un grand homme veille sur nous

Arrivé au pont Sully c'est la fête, Paris-plage, sur les berges à la place des bagnoles il y a des piétons



Des piétons enfin des gens des humains quoi

qui se comportent comme des humains

dans un décor c'est beau c'est à pleurer
Comme artistes il y avait Imbertimbert, impressionnant tout seul avec sa contrebasse mais les paroles c'est pas ça. Et puis Melle, une lorraine qui a une sacrée pêche ("j'suis une lorraine, mais j'suis pas une quiche!")
13 mai 2007
oublier sarkozy
Oublier, pour quelque temps encore, oublier Sarkozy pendant que c’est encore possible.
La menace était présente depuis longtemps déjà, et se précisait de jour en jour, mais malgré tout on ne voulait pas y croire, on se disait c’est pas possible, ça ça ne pourra pas passer, les gens vont se rendre compte, ouvrir les yeux, alors en attendant on oubliait, on détournait le regard,on pensait à autre chose, on croyait à la belle apparition féminine, un souffle nouveau, sur nos écrans et dans l’imaginaire collectif.
Eh bien maintenant ce n’est plus une menace, c’est la réalité, et pour quelque temps encore, pour quelques jours, nous sommes dans le no man’s land, dans la pâleur de l’aube où le rêve est encore possible.
Oublier Sarkozy et ses mensonges, oublier le mensonge et la provocation comme méthode de gouvernement.
Oublier Sarkozy et son masque faussement apaisé, qui dissimule bien mal ses grimaces de haine et de mépris.
Oublier Sarkozy et tous les petits sarkozy qui vont proliférer un peu partout, ses petits émules, ses petits clones, qui vont imposer leurs « valeurs », leur « morale », leur « ordre », qui vont vous regarder de travers s’ils sentent que vous ne pensez pas comme eux,et qui vont se sentir insultés si vous le leur dites.
Oublier nos pauvres petites valeurs de gauche, désormais ridicules, la solidarité, le partage, le goût de la justice et de la révolte, la croyance en un monde meilleur où chacun aurait le droit de vivre dignement.
Oublier l’opportunisme qui rend hommage à la victoire, les traitres ET les crétins qui tous se précipitent pour faire allégeance, qui quémandent une place à la table du chef ;
Oublier le malheur des vaincus,la très grande honte des vaincus qui sont responsables par leur légèreté et leur inconstance de tout et du reste, les « incompétents », les « jaloux », qui fort heureusement ont été mis en déroute.
Oublier encore un temps les sombres et nombreuses années qui nous attendent, le règne à quoi rien ne pourra s’opposer de cette hybride de Thatcher et Berlusconi, mâtiné d’une dose encore à évaluer de Big Brother.
Alors, pas d’espoir ? Si, une lueur, une certitude, même, car on ne « liquide » pas l’histoire : « Mai 68, c’est demain ». Je cite de mémoire : Nicolas Sarkozy mettra toute son énergie, tout son talent, à instaurer la nouvelle devise : travail, famille profit. Mais grâce à lui, on peut le dire , mai 68 c’est demain » Philippe Sollers, chez Guillaume Durand, émission esprits libres, 11 mai 2007.
28 avril 2007
pour royal
« Les Français vont-ils oui ou non se soucier de
leur intérêt principal : l’exportation ? Dans ce registre, ils n’ont
pas beaucoup d’efforts à faire pour trouver le produit idéal : c’est
Ségolène Royal. Au cas où ils ne choisiraient pas, à la surprise planétaire
générale, d’élire Ségolène Royal, cela voudrait dire qu’ils ont choisi le repli
sur soi, la résignation, la fatigue, le sécuritarisme, le ressentiment.
« Quand j’ai dit qu’il fallait tenter l’expérience féminine à la présidence de la République, on a cru comprendre que je parlais de la femme en soi . Ce qui serait un machisme à l’envers. Or il ne s’agit pas de la femme mais de cette femme là, de sa façon de se déplacer, de s’habiller, d’utiliser ses bras, de sourire, c'est-à-dire d’une Française très raffinée.
« Royal gêne par sa supériorité paradoxale, puisque
se disant socialiste, elle est, à n’en pas douter, quelqu’un de classe. Regardez
la différence. Prenez Sarkozy. Quel mauvais goût ! Que de clichés
populistes ! Souvenez-vous de cette image pathétique de Sarko sur son cheval
blanc en Camargue. 
Pour dire ensuite qu’il n’avait pas trouvé lors de sa
chevauchée le tracteur de Bayrou
[...]
Comparez avec la
lumineuse apparition de Ségolène à Toulouse, mangeant des yeux Zapatero avec délicatesse,
en appelant à l’axe franco-espagnol. C'est-à-dire la victoire de la République contre le fascisme.
« La grande classe donc c’est Ségolène et c’est ce qui retient de façon maussade et jalouse le peuple de gauche qui n’est pas habitué à cette dimension. Si Ségolène est battue, ce qui est malheureusement et nationalistiquement probable, elle sera brûlée. Et le peuple français aura dit non au monde entier. »
Philippe Sollers, propos recueillis par Jacques Anquetil, le nouvel obs du 26-4-2007.
23 avril 2007
puis redisparait.
Un qui ne risque pas de disparaitre c'est Sarkozy.
Bientôt on va l'avoir au petit-déjeuner, au déjeuner, au 4 heures, au diner, en soirée, et dans nos cauchemars...
Sur toutes les chaines de télé, toutes les radios, en permanence.
C'est pas la présidence de la république qui va le calmer, il faut pas se faire d'illusions.
Ce type là va concentrer tous les pouvoirs dans ses mains.
M'enfin il parait qu'il est républicain, alors, on est sauvé.
Un libéral, mais aussi un humaniste. C'est lui qui le dit : "l'homme n'est pas une marchandise comme les autres" :
Sarko - la marchandise
envoyé par Lenerver

















































