le blog de gab

le partage, la découverte, l'échange, la création d'émotions, de réflexions

26 mai 2008

louise bourgeois


Cellules : parcours dangereux.

Le voici, le grenier de mon enfance.
Dans le grenier de mon enfance aussi il y avait des ossements, je crois même qu'il y avait tout un squelette - ou un demi-squelette. Il y avait de grandes  armoires remplies de papiers, de journaux. Moi je m'étais arrangé une niche dans un placard, je tenais juste accroupi dans cet espace intime  et rassurant. Quelquefois mon frère s'installait de l'autre coté, lui il lisait je crois, moi je suçais mon pouce.
Dans le grenier de mon enfance aussi il y avait de vieux sommiers métalliques, poussiéreux et défoncés, des livres défraichis, des globes de verre, des bonbonnes renflées.
Dans le grenier (« passage dangereux ») de Louise Bourgeois il y a en plus trois petits sièges et un autre un peu plus grand, en cercle ils font un ronde, ils se tiennent compagnie. Il  y a aussi des chaises défoncées suspendues au plafond.

louise_bourgeois_passage_dangereux

Et cet espace du rêve et de l'enfance est impitoyablement délimité et défini par des grillages, qui m' interdisent tout accès physique mais m'ouvre les yeux sur l'importance et la fragilité de la mise en scène. Jamais bien sûr je ne pourrai retourner dans le passé, le sien pas plus que le mien.

« Le passé est guillotiné par le présent. »

« Les gens se guillotinent à l'intérieur d'une famille. »

Le grillage est là, entre le présent et le passé, entre l'artiste et moi, entre la rêverie et l'accomplissement. Des renfoncements sont aménagés, je peux m'avancer un peu plus, je suis presque dans cet espace magique, et peut-être maintenant est-ce moi qui suis enfermé et de l'autre coté il y a la liberté intérieure.


Cellules : Red Room (child) ; Red Room (parents).

Rien n'a changé non plus dans la chambres des parents. Celle-ci est plus réelle que n'importe quelle chambre de la réalité. Elle scintille, elle vibre des mystères révélés, des étreintes charnelles, de la lutte spirituelle, de la menace du silence et du temps qui passe. La malédiction et le miracle de l'incarnation, de l'organique, du sang et de la passion, de la mort qui menace mais qui est aussi comme une amie.

Et pourtant l'espace est calme, religieux. Des tentures, des objets mystérieux, des coffrets, des « tables de nuit ».

louise_bourgeois_red_room_parents

« private ». Le bois éraflé, la peinture écaillée, à l'extérieur. L'approche en spirale. À l'extérieur, mais aussi au centre, dans le miroir.

Dans la chambre de l'enfant, il y a des mains qui s'étreignent follement. Et aussi une lampe à pétrole, rouge, d'un modèle commun.

louise_bourgeois_red_room_child


Femmes-maisons

« j'ai découvert en 1990 que les femmes-maisons étaient des maison vides...
Quand je collecte des maisons vides, je me prouve à moi-même que dans toutes ces maisons personne ne se dispute. C'est ce que j'appelle la zizanie.
Ces gens qui se disputent c'est quelque chose de traumatique. J'ai très peur des scènes, et j'ai surtout peur des scènes, pas entre moi et quelqu'un d'autre, mais j'ai peur des scènes entre deux autres personnes. »


..........


Un sexe masculin je ne savais pas que ça pouvait être comme ça, que ça pouvait être ... représenté comme ça....
louise_bourgeois_sleep

Tout rond, « endormi », (sleep), comme joufflu. Une espèce de mécanique repliée sur elle-même, un ressort comprimé ?

Ou alors une « fillette » ridée, ridicule, pas vraiment photogénique, parcourue de plis et de replis, repoussante, attachante, organique, dénudée, naïve, bouleversante. Féminine ?

mapplethorpe_bourgeois_fillette
(La fillette, dans les bras de Louise bourgeois, photographiée par Robert Mapplethorpe, 1985.)

« Je trouve que c'est un objet gentil... »

« Je ne savais pas que les hommes étaient vulnérables... »


Seven in bed:
seven_in_bed

Ils sont sept, mais il y a 10 têtes ; 3 personnages sont bicéphales : 3 + 4 = 7, et 3 x 2 +  4 = 10. Il y a des hommes, des femmes. Tous ont l'air heureux.


« Nous sommes fragiles, et nous souffrons d'être fragiles. »

« Ce que je voulais ressusciter, c'était le droit, le droit d'être malheureuse, le droit d'être en deuil (de la France). »

« Introduire des visiteurs dans des maisons vides. »


Les citations sont extraites du film de Camille Guichard « Louise Bourgeois », Arte  video.
Centre Pompidou, jusq'au 2 juin. Plus qu'une semaine...

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05 mai 2008

rue popincourt

Rue Popincourt, dans le 11ème arrondissement de Paris.

Un panneau de l'histoire de Paris, à l'entrée de la rue, nous dit tout ce qu'il faut savoir:

popincourt_histoire

La rue doit donc son nom à « Jean de Popincourt, premier Président du Parlement, qui possédait ici un manoir. Plusieurs maisons furent construites ici, elles formèrent un petit hameau baptisée Popincourt ».

On imagine les maisons blotties autour du manoir. Et autour, des forêts, des marécages, des chemins mal entretenus ?

Après il y a un temple, les gens s'embrassent, ils ont le droit de partager une nouvelle foi, de sortir de l'ornière de l'obéissance et de la dévotion aux puissants. Mais cela ne dure pas, un an après le temple est détruit, la communauté dispersée, les flammes longuement torturent la nuit.

Les années passent, les couvent des soeurs Annonciades étend son emprise sur un territoire chaque jour plus important. Ses murs protègent, mais aussi ils excluent ; des pauvres sont secourus, d'autres sont chassés. Toutes les courroies du pouvoir se mettent en place. Pouvoir temporel, pouvoir spirituel. Une formidable activité, un vrai business, sur plus de 8 hectares.

Après on ne sait plus ce qui se passe, jusqu'à l'édification de l'improbable «nouvelle Église St-Ambroise», dont on voit les clochers depuis la rue Popincourt.
eglise_st_ambroise

On ne sait pas comment le quartier autour de la rue Popincourt est devenu ce qu'il est : des ruelles, des impasses, des passages, des « cités », des « villas » ....

passage_lisavilla_marces
impasse_des_3_soeursimpasse_popincourtpassage_du_chemin_vertpassage_de_l_asilerue_du_chemin_vertrue_de_l_asile_popincourtpassage_salarnier_2_

...cachent et protègent un peuple industrieux et discret, des coins de verdure, des silences, des tintements d'horloge.

verdure_1 verdure_2verdure_3

Peut-être les lieux se souviennent-ils de l'ancien temple, des maisons blotties autour du manoir,  des couloirs du couvent, du bruissement des robes des soeurs...

temple_1maisons_2ruelle_1vitrine_2

Et puis les affiches recouvrent les affiches, les maisons anciennes s'effondrent, d'autres surgissent de terre et de l'appétit des hommes.
affichechantier

D'une ancienne chronique, Pierre Michon, dans son livre Abbés, rapporte ce vers :

« Toutes choses sont muables et proches de l'incertain. »

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24 mars 2008

Casse-toi alors pauvre con, et bienvenue chez les ch’tis !

La même semaine, c'était il y a quelques semaines,

notre bienaimé président immortalisait cette maxime du rejet et du mépris de l’autre (23 février),
casse_toi_alors_pauvre_con_1

et le film de Dany Boon, éloge de l’accueil et de la chaleur humaine, rencontrait dès sa sortie (20 février) un succès fulgurant et inattendu.
bienvenue_chez_les_chtis_affiche

Inattendu comme le fut d’ailleurs le retentissement du dernier « dérapage » de notre bienaimé président. Car le scandale éclate enfin, et tout le monde prend conscience de la vraie nature de notre bienaimé président : l’appétit à rejeter, à opposer, à susciter et faire monter les tensions, susciter les haines et les rivalités.

Il semble qu’à ce jeu là il se soit fait prendre au piège. À son tour il est moqué, méprisé, ostracisé. Il essaie de prendre de la hauteur, il se met en scène dans la solitude du plateau de Glières, hélas il trébuche, et ce faux pas est cruellement souligné par la télévision d’état !
sarkozy_glieres

Notre bienaimé président n’a pas d’affections humaines ; il tente de donner le change ; il ne comprend pas ce qui lui arrive. Le casse toi pauvre con revient sur lui …

 

Pendant ce temps là nous découvrons le message inverse dans le film de Dany Boon, un film faussement simple, faussement régionaliste, et qui ne se résume pas aux quelques scènes d’anthologie choisies pour la promotion.

Le film joue habilement sur les clichés et contre-clichés qu’on peut avoir sur le pays des ch’tis. Ils sont accueillants et chaleureux, certes, et le film sacrifie assez rapidement à cette vision convenue, comme pour mieux s’en débarrasser. Mais il montre aussi, avec pudeur, mais aussi avec une certaine exactitude, une réalité plus rude : alcoolisme, violence, isolement.

Le fonctionnaire des postes muté dans ch’nord (Kad Merad) essaie de dire à sa femme (Zoé Felix) que ça se passe bien, que les gens sont sympas. Mais cette vérité est proprement inaudible, et il se résout à lui réciter la seule chose qu’elle veuille bien entendre, le cliché d’un nord misérabiliste.

Ce cliché se trouve exactement mis en scène à l’intérieur du film, dans une mascarade tout à fait étonnante. Cette mise en abîme ne va pas sans créer un certain malaise ; ce n’est pas vraiment drôle ; c’est comme si une vérité était alors possiblement dévoilée.
bienvenue_chez_les_chtis_mise_en_scene

Par cette mascarade en tout cas les ch’tis vont permettre au couple « du sud » de sortir de leurs mensonges et de se retrouver.

Alors que Kad Merad prescrira à Dany Boon de désirer sa fiancée plutôt que sa mère.

Dany Boon, facteur alcoolique, tout près de ciel, et qui carillonne à tout va, transfiguré, puis encoléré, puis enamouré, délivré.

 

Et pendant ce temps là notre président bien aimé semble s’être calmé. Mais la cour du Roi continue de donner le même spectacle désolant des passions les plus vulgaires : au milieu des sourires convenus, le froid entre Veil et Bruni. Bruni allume Peres avec l’apparente bénédiction de NPBA. Le même PBA dévore des yeux Rafaeli, un autre mannequin… Bruni et Dati rivalisent de vulgarité.
veil_brunibruni_peres_sarkozysarkozy_bar_refaelidati_bruni

Il faudrait parler aussi de cette interview ou Elkabbach flingue en direct Dati.

 

Dany Boon nous dit ce qu’on peut sauver – ce qu’on doit sauver – des relations sociales « dans ce pays ».

bienvenue_chez_les_chtis_photo_de_tournage

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09 mars 2008

amour des mathématiques

« Il lui fallait un calme à l’intérieur du cœur, où les sons extérieurs n’arrivaient pas.
Lorsqu’il résolvait les problèmes des revues mathématiques, qu’il les recopiait au propre ou les relisait une dernière fois avant de les poster, le professeur murmurait très souvent, satisfait des réponses auxquelles il était parvenu :
— Ah, quel calme.
Quand il avait trouvé la bonne réponse, il ne se sentait pas joyeux ni libéré, mais calme. C’était un état issu de la certitude que les choses étaient à leur place, qu’il n’avait plus à se soucier d’ajouter un timbre ni de gommer, qu’elles allaient rester ainsi éternellement, comme elles l’avaient toujours été. Le professeur aimait cela.
Par conséquent, que ce soit calme était également son plus grand compliment. De bonne humeur, il me regardait souvent de la table en train de fair la cuisine, et quand je préparais des ravioles chinoises, il m’observait d’un air particulièrement étonné. J’étalais un disque de pâte fine sur ma paume, posais dessus la farce et refermauis le petit chausson en formant quatre plis avant de le placer à coté des autres sur une assiette. Il ne quittait pas des yeux cette banale répétition, sans se lasser, jusqu’au dernier. Il était tellement sérieux, laissant même parfois échapper un soupir d’admiration, que cela me chatouillait bizarrement, si bien que je devais me forcer pour ne pas rire.
Voilà, c’est fait, disais-je en soulevant l’assiette de ravioles bien rangées, et c’est alors que, les bras croisés sur la table, le professeur disait en hochant la tête d’un air pénétré :
— Aah, comme c’est calme. »

 

Yoko Ogawa, La formule préférée du professeur, ed. Babel.

 

 

 

                                                     Le binôme de Newton est aussi beau que la Vénus de Milo.

                                                     Le fait est qu’il y a bien peu de gens pour s’en aviser.

                                                    Ôôôô-ôôôôôô… ôôôôôôô ôôôôôôôô

                                                     (le vent là dehors)

 

 Fernando Pessoa, Poésies d’Alvaro de Campos, ed. Gallimard.

 

 

 

Dans la loi faible des grands nombres, il y a aussi une beauté que bien peu ne soupçonnent, hélas, et qui est pourtant une beauté significative, une beauté utile et mystérieuse.

loi_faible_des_grands_nombres

Regardez le petit  « n » qui s’est installé bien discrètement, sans faire de bruit, tout au bout de la formule. On dirait qu’il est là presque par hasard, par inadvertance.

Et pourtant c’est lui qui nous assure que notre monde est à peu près vivable, qu’il n’est pas entièrement soumis à l’arbitraire, au montrueux.

Ce petit « n », c’est le grand nombre de la loi faible des grands nombres. En devenant très grand, il pousse l’incertitude du jugement humain vers 0, le contingent vers l’absolu, le provisoire vers l’éternel, il dévoile le mathématique, trame du réel.

Les travaux et les jours ne sont peut-être pas inutiles, au fond.

Comme hier, comme demain, le jour se lève.

C’est calme.

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01 février 2008

rené girard : achever clausewitz

Un livre d'entretiens avec Benoît Chantre, aux éditions carnets nord.

1806.
Napoléon remporte la bataille d'Iena. De sa fenêtre, le philosophe Hegel voit passer « l'Empereur, cette âme du monde » à cheval. Il voit en lui l'agent de l'accomplissement de l'histoire, le vainqueur de la définitive bataille, qui mettra fin à toutes les batailles.
Carl von Clausewitz, aide de camp du prince Auguste de Prusse, est capturé par les français. Pour sa part, il voit en Napoléon  le « dieu de la guerre », en même temps admiré et détesté. Il est connu  pour son livre inachevé « de la  guerre ».
Le poète Hölderlin se retire dans une tour à Tubingen et choisit un silence total de 40 ans.

Lire Achever Clausewitz, et comprendre un peu mieux le temps présent.

L’histoire de l’humanité, c’est l’histoire de la violence, et l’histoire de la violence, c’est l’histoire de la montée aux extrêmes de la violence.

Selon Clausewitz, l’essence de la guerre c’est le duel. L’activité humaine qui s’en rapproche le plus est le commerce, et, plus encore, la politique. La guerre est un duel de deux nations, de deux puissances, qui va se traduire par d’innombrables duels à plus petite échelle, jusqu’aux duels individuels. La guerre moderne, celle que Clausewitz analyse et célèbre (il redoute le retour de la guerre en dentelles, à laquelle a mis fin le révolution française, avec l’invention du service militaire : « tout citoyen est soldat ») se caractérise par l’action réciproque des deux belligérants l’un sur l’autre, action réciproque qui provoque la montée aux extrêmes de part et d’autre.

Selon Girard, Clausewitz recule devant cette intuition, et on retient de lui la  formule : la guerre est la continuation de la politique par d’autres moyens. Mais les moyens de la politique font pâle figure devant la logique et la fascination de la guerre, et c’est bien la politique qui va suivre docilement la montée aux extrêmes que provoque la rivalité mimétique entre la France et l’Allemagne, rivalité qui va finalement aboutir aux deux guerres mondiales et à la ruine de l’Europe.

Clausewitz fut le témoin d’une accélération de l’histoire de la violence. Et maintenant ?

« On vit un mouvement d’accélération formidable dans la violence universelle. Les hommes vont s’en rendre compte, ils s’en sont déjà rendu compte… » (René Girard, dans une conférence).

On pense bien sûr aux attentats du 11 septembre 2001, et à ce mélange inouï de violence, d’irrationalité et de planification scrupuleuse.

On pense à la réponse des américains, en Afghanistan aussi bien qu’en Irak. Une réponse elle aussi basée sur un mélange d’irrationalité et de planification scrupuleuse, une réponse d'une violence inouïe, quoique plus compréhensible à nos mentalités occidentales, une réponse qui va déclencher à son tour une violence inouïe…

On pense à la mondialisation, à la guerre commerciale, au combat de tous contre tous. Krach boursier, délocalisations, populations déplacées, pays ruinés en quelques secondes, catastrophes écologiques, humanitaires.

On pense à la guerre généralisée, sporadique, imprévisible, tantôt lointaine, tantôt toute proche,et dont nous recueillons les échos au jour le jour, dans une incompréhension et une incrédulité toujours plus grande.

La guerre de tous contre tous.

La mondialisation est la continuation de la guerre par d’autres moyens.

 

« Les guerres mondiales avaient marqué une étape dans la montée aux extrêmes. Le 11 septembre 2001 a été le début d'une nouvelle phase. Le terrorisme actuel reste à penser. On ne comprend toujours pas ce qu'est un terroriste prêt à mourir pour tuer des Américains, des Israéliens ou des Irakiens. La nouveauté par rapport à l'héroïsme occidental est qu'il s'agit d'imposer la souffrance et la mort, au besoin en les subissant soi-même. Les Américains ont commis l'erreur de « déclarer la guerre » à Al-Qaeda alors qu'on ne sait même pas si Al-Qaeda existe. L'ère des guerres est finie : désormais, la guerre est partout. Nous sommes entrés dans l'ère du passage à l'acte universel. Il n'y a plus de politique intelligente. Nous sommes près de la fin. »
(René Girard, Dans une interview au Point, 18-10-2007.)

René Girard est ce qu’on peut appeler un penseur chrétien. Ses livres ont souvent des titres très évocateurs, très poétiques : 
mensonge romantique, vérité romanesque ;
la violence et le sacré ;
des choses cachées depuis la fondation du monde ;
la route antique des hommes pervers ;
je vois Satan tomber comme l’éclair  ; …

Mensonge romantique, vérité romanesque :
« Croire à l’autonomie de notre désir c’est l’illusion romantique qui est à la base de la plus large littérature. Découvrir la réalité du désir, dévoiler le médiateur, c’est ce que réalisent les grands romanciers comme ceux qui sont étudiés dans ce livre, c’est accéder à la vérité romanesque… Dans Jean Santeuil, premier roman inachevé de Proust, l'écrivain place son héros dans la loge de Mme de Guermantes, arrivé, heureux et triomphant. Dans À la recherche du temps perdu, Proust inverse son point de vue, et place le narrateur dans le parterre obscur, contemplant avec avidité l'objet inaccessible de son désir, la loge de Mme de Guermantes. Cette inversion, révélatrice de la véritable nature du désir, donne à la scène la profondeur et la grandeur littéraire qui faisaient défaut à la scène correspondante de Jean Santeuil. »
(Article wikipedia sur René Girard)

 

La Violence et le Sacré.
La violence est l’autre nom du sacré, le nom qu’elle se donne quand elle se dissimule.

Des choses cachées depuis la fondation du monde.
goya_assemblee_d_ensorceles
(Goya : assemblée d'ensorcelés ; Madrid, musée du Prado)


La route antique des hommes pervers.

Les hommes pervers ce sont ceux dont
« au spectacle de leur chute, les justes se réjouissent,
et l’homme intègre se moque d’eux :
comme elle est réduite à rien leur grandeur !
et quel feu a dévoré leur abondance ! »
(la Bible de Jerusalem, livre de Job, 22, 19-20

Les hommes pervers : ainsi leurs persécuteurs les voient-ils.

 

Je vois Satan tomber comme l’éclair : et puis après l’éclair, après l’orage, après la bataille, il vient une drôle de paix, la paix des cimetières, la paix des braves ? Si la victime est là, et si nous pensons à elle pour quelque temps encore, le persécuteur, lui, a disparu.

 

« Au fond, les rapports humains pour nous ne sont pas vraiment problématiques. La psychologie des individus est problématique. Il y a des gens qui sont qui sont un peu nos boucs émissaires et qui sont censés être malades, c’est pour ça que nous avons de mauvais rapports avec eux. Ils ont besoin d’être psychanalysés, nous jamais. Nous, nous pouvons psychanalyser les autres, mais nous n’avons jamais besoin d’être psychanalysés.
À mon avis la situation des rapports humains est beaucoup plus simple. La violence, les mauvais rapports, n’appartiennent pas à tel ou tel individu. La violence est située entre les individus.

Il y a dans les rapports humains quelque chose d’extraordinaire, quelque chose qui n’est pas dans l’individu, quelque chose qui évolue, qui n’est pas immédiatement définissable, et dont il faut parler essentiellement. »
(R.G, conférence)

« Chacun se croit seul en enfer et c’est cela l’enfer » écrit René Girard, en écho à Lacan : «en enfer nous y sommes déjà ».   


Je ne pense qu'il faille voir en René Girard un penseur ou un philosophe au sens classique du terme, quelqu'un qui construit une théorie, et se mesure à ses prédécesseurs, ses semblables (toujours la rivalité mimétique !), quelqu'un qui va ajouter modestement sa pierre à l'édifice. Il est vrai qu'il n'argumente pas toujours, et s'il le fait ce n'est pas forcément convaincant.
Chacun est donc libre de balayer d'un revers de main sa réflexion. Mais plutôt que de céder à «notre obsession maladive de la contradiction», on peut chercher dans ce livre la lueur de vérité qu'il récèle, en accepter la rude révélation. Dans ses précédents livres il a pu agacer par une adhésion trop évidente et trop rationnalisée aux dogmes les plus (in)discutables du christianisme, mais maintenant il ne s'agit plus de cela. La vulgate chrétienne est abandonnée, il reste que  « le christianisme est la seule religion qui aura prévu son propre échec. Cette prescience s'appelle l'apocalypse. » Il s'agit de dessiller le lecteur sur le temps présent, pas d'échanger des arguments abstraits sur des problèmes éthérés.

 

Après la conférence de René Girard, un des élèves de Richard Pin a posé deux très bonnes questions: 1) est-ce qu'on doit être chrétien pour comprendre à fond la théorie mimétique? et 2) est-ce que celui qui connaît la théorie mimétique est par là moins susceptible d'être violent? René Girard a répondu non aux deux questions--le fait de connaitre la théorie mimétique, a-t-il précisé, ne l'empêche pas de se mettre en colère contre ceux qui ne prennent pas au sérieux la théorie mimétique!
...
...
En général, les conducteurs à Los Angeles roulent tranquillement. Mais parfois un incident insignifiant peut mener à une explosion de colère. C’est ce qu’on appelle « road rage ». Le phénomène est bien connu et appartient à l’univers de la médiation interne. Un conducteur un peu paranoïaque regarde les autres voitures. Il a l’impression que la voiture rouge à sa droite est en train de lui barrer la route. Comme Œdipe devant son père sur la route de Thèbes, il réagit mal. Il imite l’autre conducteur et essaie de se venger en le doublant. Puis il s’arrête soudainement. La voiture derrière doit s’arrêter aussi. C’est une manœuvre dangereuse. Les conducteurs échangent des gestes éloquents et se regardent, furieux. Parfois ce genre d’altercation tourne mal. Les conducteurs sortent de leurs voitures et se battent dans la rue. Ou bien, un des conducteurs suit l’autre pendant des kilomètres. Quand sa proie s’arrête, il sort de sa voiture et essaie de le frapper, voire de le tuer.
(extraits du blog de Trevor Merril, dans le site de l’Association Recherches mimétiques


Deux étrangers au bout du monde, si différents
Deux inconnus, deux anonymes, mais pourtant,
Pulvérisés, sur l’autel, de la violence éternelle.

Renaud, Manhattan Kaboul


 

Everybody is shouting, which side are you on ?

(Bob Dylan, desolation row)


En exergue du livre achever Clausewittz, cette citation de Pascal :

C'est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaie d'opprimer la vérité.
Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité,
et ne servent qu'à la relever davantage.
Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence,
et ne font que l'irriter encore plus.
Quand la force combat la force, la plus puissante détruit la moindre ;
quand l'on oppose les discours aux discours,
ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent
ceux qui n'ont que la vanité et le mensonge ;
mais la violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre.
Qu'on ne prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales :
car il y a cette extrême différence,
que la violence n'a qu'un cours borné par l'ordre de Dieu,
qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu'elle attaque :
au lieu que la vérité subsiste éternellement, et triomphe enfin de ses ennemis ;
parce qu'elle est éternelle et puissante comme Dieu même.


Ici résidera notre espoir. L'apocalypse a commencé. Mais il a lui aussi ses faux prophètes...
philippulus


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05 janvier 2008

recherche du silence, 3

« … ses lèvres allaient l’une contre l’autre avec ce remuement opiniâtre dont les vieillards se repaissent de quelque chose qu’on ne sait pas, succulence rêvée ou mots que depuis si longtemps il faut taire. Il m’apparut très pauvre et nu, aspirant au silence, redoutant le silence. J’attendis qu’il parlât ; les appels discordants des mouettes emplissaient le soir ; levant les yeux, et d’un geste vague qui peut-être m’indiquait ces voix obscures portées par des vols si diurnes, il commença : « La musique, aussi, l’exercice de la lyre… » ; puis, élevant au bout de son bras ce qui n’était plus une main : « J’ai été un bon musicien. »
...
 « Nous parlions. Il parlait plutôt, avec de très longs silences, des mots soudain suspendus comme son geste, des arrêts fascinés qui nous jetaient dans la contemplation de la mer, jusqu’à ce qu’elle devint violette, puis noire, et qu’alors nous nous quittions sans plus de discours, à moins qu’un mot de moi n’ait relancé sa parole ténue, ce petit souffle vite perdu qui était sa vie même et la prolongeait encore une fois jusqu’à la nuit, jusqu’à ce pastiche bruissant et visible de l’invisible, du silence, et dans sa bouche que je ne voyais plus le récit de sa vie devenait la nuit même, ce chuchotement obstiné où une à une apparaissaient les étoiles. Il mentait. »

Pierre Michon, L’empereur d’Occident.

 

« Nous tenons là une date absolument décisive. C’est le moment où Hegel voit « passer l’esprit du monde à cheval » sous ses fenêtres ; où Clausewitz se rapproche du « dieu de la guerre » ; et où Hölderlin sombre dans ce qu’on va bientôt appeler sa « folie ». Ces trois événements ont lieu la même année... Hölderlin va se retirer pendant quarante ans dans la tour d’un menuisier de Tübingen. On lui rend visite, on lui parle, on sait par son hôte qu’il passe des journées entières à réciter ses œuvres, voire à rester prostré dans un silence total. Hölderlin a cessé de croire en l’Absolu, ce qui n’est pas le cas de ses amis d’hier : Fichte, Hegel ou Schiller. Mais il n’y a jamais chez lui les signes d’une démence excessive. Nous devons être à la hauteur de ce silence. »

René Girard, Achever Clausewitz.


« Écoute... Écoute... Dans le silence de la mer il y a comme un balancement maudit qui vous met le  coeur à l'heure. »

Léo Ferré, Il n'y a plus rien.
 

Le balancement maudit, oui... Pourquoi maudit ? Pourquoi pas bénit ? Qu'y a-t-il donc de mal dit, que nous n'entendions si bien ?



recherche du silence, 3

Écoutez, écoutez... À la fin, il y a comme des notes, des soupirs, des surgissements de silence...

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23 décembre 2007

la société du spectacle

«  Le spectacle se présente comme une énorme positivité indiscutable et inaccessible. Il ne dit rien de plus que « ce qui apparaît est bon, ce qui est bon apparaît ». L’attitude qu’il exige par principe est cette acceptation passive qu’il a déjà en fait obtenue par sa manière d’apparaître sans réplique, par son monopole de l’apparence. »

 « En tant qu'indispensable parure des objets produits maintenant, en tant qu'exposé général de la rationalité  du système, et en tant que secteur économique avancé qui façonne directement une multitude croissante d'images-objets, le spectacle est la principale production de la société actuelle. »

« Le spectacle se soumet les hommes vivants dans la mesure où l'économie les a totalement soumis. Il n'est rien que l'économie se développant pour elle-même. Il est le reflet fidèle de la production des choses, et l'objectivation infidèle des producteurs. »

« La première phase de la domination de l'économie sur la vie sociale avait entraîné dans  la définition de toute réalisation humaine une évidente dégradation de l'être en avoir. La phase présente de l'occupation totale de la vie sociale par les résultats accumulés de l'économie conduit à un glissement généralisé de l'avoir au paraître, dont tout «avoir» effectif doit tirer son prestige immédiat et sa fonction dernière. En même temps toute réalité individuelle est devenue sociale, directement dépendante de la puissance sociale, façonnée par elle.
En ceci seulement qu'elle n'est pas, il lui est permis d'apparaître. »

 Guy Debord, La société du spectacle. Première édition : 1967.

 

« …Déduisons-en une règle générale: la portée existentielle d'un phénomène social est perceptible avec la plus grande acuité non pas au moment de son expansion mais quand il se trouve à ses débuts, incomparablement plus faible qu'il ne le deviendra demain. Nietzsche remarque qu'au XVIe siècle l'Église n'était nulle part au monde moins corrompue qu'en Allemagne et que c'est à cause de cela que la Réforme a pris naissance précisément là, car seuls les « débuts de la corruption étaient éprouvés comme intolérables ». La bureaucratie à l'époque de Kafka était un enfant innocent en comparaison de celle d'aujourd'hui, et c'est pourtant Kafka qui a découvert sa monstruosité qui depuis est devenue banale et n'intéresse plus personne. Dans les années soixante du xxe siècle, de brillants philosophes ont soumis « la société de consommation» à une critique qui s'est trouvée au fil des ans si caricaturalement dépassée par la réalité qu'on se sent gêné de s'en réclamer. »

 Milan Kundera, Le rideau.

 

En 1988, Guy Debord écrit les commentaires sur la société du spectacle. On peut y lire notamment :

« La discussion creuse sur le spectacle, c’est-à-dire sur ce que font les propriétaires du monde, est ainsi organisé par lui-même : on insiste sur les grands moyens du spectacle,afin de ne rien dire de leur grand emploi. On préfère souvent l’appeler, plutôt que spectacle, le médiatique. Et par là, on veut désigner un simple instrument, une sorte de service public qui gérerait avec un impartial « professionnalisme » la nouvelle richesse de la communication de tous par les mass-média, communication enfin parvenue à la pureté unilatérale, où se fait paisiblement admirer la décision déjà prise. Ce qui est communiqué, ce sont les ordres ; et, fort opportunément, ceux qui les ont donnés sont également ceux qui diront ce qu’ils en pensent. »

 « De même que la logique de la marchandise prime sur les diverses ambitions concurrentielles de tous les commerçants, ou que la logique de la guerre domine toujours les fréquentes modifications de l’armement, de même la logique sévère du spectacle commande partout la foisonnante diversité des extravagances médiatiques. »

 « La société modernisée jusqu’au stade du spectaculaire intégré se caractérise par l’effet combiné de cinq traits principaux, qui sont : le renouvellement technologique incessant ; la fusion économico-étatique ; le secret généralisé ; le faux sans réplique ; un présent perpetuel. »

 « L’ineptie qui se fait respecter partout, il n’est plus permis d’en rire ; en tout cas il est devenu impossible de faire savoir qu’on en rit. »

 

Et nous sommes en 2007… Aujourd’hui, de quoi va-t-on rire ? 

« L'ancienne top-model devenue chanteuse à succès, est âgée de ***. Fille d'un compositeur d'opéra, ***, et d'une actrice et pianiste concertiste, ***, elle a vécu en Italie jusqu'à l'âge de cinq ans. Elle est la soeur de l'actrice, scénariste et réalisatrice ******. Devenue top-model en **** elle met un terme à sa carrière de mannequin dix ans plus tard. Elle se consacre alors à la musique, écrit des textes pour *** avant que ne sorte son premier album en ***,********, qui connaîtra un beau succès…. En ****, elle avait donné naissance à son fils ****, dont le père est *********, le fils du philosophe ******** avec qui elle avait vécu auparavant.
...
Au sommaire donc, sous le titre on ne peut plus explicite **********, la dame de coeur du ****, des photos, prises au vu et au su des intéressés samedi, qui montrent **** en compagnie de l'ancien mannequin d'origine italienne, se promenant à ****. Le ************ apparaît souriant et détendu, apparemment peu désireux de se cacher même si, ce dimanche, l'***** se refuse à tout commentaire sur le sujet.
...
Selon L'****, le couple avait déjà été aperçu la semaine passée dans les jardins du *******. ******** et ********** se promenaient alors avec la mère de la chanteuse. Sur l'antenne de **, ********, directeur de la rédaction de L'******, a indiqué que ********** elle-même, qu'il présente comme "une amie", lui aurait confirmé la réalité de la relation. Une relation qui aurait débuté après un dîner chez le publicitaire ******... »



« Dès le 25 février, mille systèmes étranges sortirent impétueusement de l’esprit des novateurs et se répandirent dans l’esprit troublé de la foule… Il semblait que, du choc de la révolution, la société elle-même eût été réduite en poussière et qu’on eût mis au concours la forme nouvelle qu’il fallait donner à l’édifice qu’on allait élever à sa place ; chacun proposait son plan : celui-ci le produisait dans les journaux, celui là dans les placards, qui couvrirent bientôt les murs ; cet autre, en plein vent, par la parole. L’un prétendait détruire l’inégalité des fortunes, l’autre l’inégalité des lumières, le troisième entreprenait de niveler la plus ancienne des inégalités, celle de l’homme et de la femme ; on indiquait des spécifiques contre la pauvreté et des remèdes à ce mal du travail qui tourmente l’humanité depuis qu’elle existe.»

Tocqueville, souvenirs. Cité dans la société du spectacle, film de Guy Debord.

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16 décembre 2007

musée du quai branly

« Monsieur Jacques Chirac, président de la République,

qui a voulu le musée du quai Branly pour rendre justice aux arts des peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, en reconnaissant leur places essentielles au sein du patrimoine universel, et contribuer ainsi au développement nécessaire entre les cultures et les civilisations,

a inauguré ce bâtiment le 20 juin 2006.

Jean Nouvel architecte»

 
 Tout est dit. On dirait presque un aveu.
Il est temps en effet de rendre justice aux arts des peuples « d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques ».
Rendre justice aux peuples du monde entier, à peu de choses près.
Pour ce peu de choses, voir dans tous les autres musées, s’ils ne sont pas ethnographiques.
Voir l’art occidental, mais ce mot résonne soudain de manière bizarre.
L’occident opposé au reste de l’humanité. Ce reste de l’humanité que l’on ne peut pas nommer (voir l’appellation topographique, creuse et neutre « musée du quai Branly »),
Cet occident obsessionnel, hégémonique, pléthorique, qu’on ne peut pas définir.

Remarquez, il y a des trucs pas mal.
joconde

Mais ici il ne s’agit pas de ça. À l’intérieur ça se présente comme un réseau de galeries obscures et chaleureuses. On pense à des sentiers tracés dans la forêt, et aussi au fonctionnement organique, secret, de nos corps, à une matrice protectrice. Dans des replis on peut s’assoir et voir les gens passer dans la pénombre.

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Les vitrines multiplient les reflets des œuvres, les reflets se mêlent aux  œuvres, aux gens, à ton reflet à toi, dans la vitrine que tu déchiffres, à la recherche de ton mystère.
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Dans des renfoncements plus obscurs encore, un éclairage parcimonieux (on a du mal à repèrer, puis lire les étiquettes ! qui d’ailleurs sont d’une exemplaire concision, se gardant bien de vous distraire de l’essentiel) laisse l’ œuvre  exposée vibrer de toute sa force. La petitesse de la salle fait que vous êtes seul, c’est vous qui vous penchez, qui allez à l’œuvre, et vous pourriez vous penser vraiment en voyage, enfin face à du vivant, à de l’inconnu.
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Vous pouvez ainsi voyager à travers toute l’Afrique, un voyage express, mais épuisant et pourtant frustrant. Passé le Maghreb – pas si lointain – on pénètre aussitôt dans l’inconnu, et vous parcourez des lieux mystérieux et prestigieux et familiers et oubliés : la falaise de Bandiagara, la boucle du Niger, le plateau du Bihé… Et puis le voyage est déjà fini, et vous n’avez rien vu…

Notre ignorance est immense.

Masque_africain

On se retrouve soudain face à face avec l’inconnu.
Et l’inconnu pour nous maintenant c’est la naissance l’homme et la femme la mort et aussi la guerre le sacrifice et le don et le partage
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Une exposition temporaire est là pour vous rappeler à l’ordre. Anne Noble, une néo-zélandaise, vous ramène à la triste réalité de ce qu’est souvent l’art contemporain, faut-il dire l’art occidental ?

anne_noble

Et puis une autre exposition, les premiers daguérréotypes de personnages africains. Le regard, scientifique et colonial, posé froidement sur l’infinie tristesse du colonisé.

camera_obscura

«Les philosophes : Le Monde n’a pas d’age. L’humanité se déplace, simplement. Vous êtes en Occident, mais libre d’habiter dans votre Orient, quelque ancien qu’il vous le faille, — et d’y habiter bien. Ne soyez pas un vaincu. Philosophes, vous êtes de votre Occident.»
Arthur Rimbaud, une saison en enfer.


cette_admirable_civilisation_occidentale_2

 

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14 novembre 2007

recherche du silence, 2




Mai 2007, Parc du bic, rive sud du Saint-Laurent, Québec, Canada. Ce qu'on voit, ce n'est pas la mer, c'est le Saint-Laurent. On ne voit pas l'autre rive, elle est très, très loin. Le fleuve se confond avec le ciel. Ce qu'on entend, on entend presque le silence, il n'est pas encore tout à fait là, il y a encore quelques distractions possibles, mais entendez le, il vibre au loin, et tout le paysage vibre avec lui !

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27 octobre 2007

chalencon

Dans la haute Loire. Il y en a un autre en Ardèche, rien à voir.
Un tout petit village qui domine une vallée sauvage, avec quand même un chateau et une église,

chalancon_05

et un pont, le pont du diable. Tout a été refait à neuf, comme pour accueillir les touristes, mais ça en reste là : pas une seule échoppe, pas un café... N'empêche qu'il y a quelques touristes, et une dame très gentille fait visiter l'église, donne quelques explications, mais presse tout de même les gens, vous comprenez, il est tout de même midi...
Dans le sombre de l'église, une pietà naïve et populaire
chalancon_eglise_1

Au plafond des graffitis mystérieux. Des élèves d'une école d'architecture les ont reproduits fidèlement sur un panneau, à des fins d'étude ?

chalancon_eglise_2

Les gens du village ne se cachent pas, mais ne se montrent pas. Ils vivent leur vie, dans le silence d'une rivière bavarde et invisible, et les murmures du vent.

Un sculpteur inconnu a laissé le porche de sa cour ouvert. Au fond de la cour, disposés dans une ancienne grange, à la hauteur d'un violent contraste d'ombre et de lumière, on voit entre autres :

chalancon_22_2_

un jeune homme triste, un mineur réjoui, une dame nue, grasse et sensuelle, un autre jeune homme à l'air plutôt satisfait,des chats, des statuettes égyptiennes...

Voilà, la visite est terminée. Nous rejoignons notre voiture (il a fallu se garer un peu plus haut, avant que de franchir le pont). Dans un pré, deux chevaux se tiennent compagnie.

Recherche du silence, 1


recherche du silence 1

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09 août 2007

des échos assourdis de sarkozie

La Sarkozie est un pays nouveau, qui se confond à peu près avec l'ancienne France, mais ne lui est pas tout à fait identique.
Avoir des nouvelles de ce pays n'est pas difficile : il suffit d'allumer la télé, lire des titres des journaux, écouter la radio... Ce serait plutôt d'échapper au pilonnage incessant qui est difficile. Un pas de coté, un regard en biais, et voilà ce qu'on voit :

sarko_dsk
C'est dans le dernier acte que le personnage se révèle enfin tel qu'en lui-même. Un adoubement, une confession, une allégeance. Le regard vide et fuyant du traitre, la discrète satisfaction du manipulateur.

Alors à son dernier acte à lui, qu'en sera-t-il, verra-t-on sa vraie nature ?

bilde_1_

À moins que brusquement ne se révèle...

sarkozy_jacobinisme_1_1_

En tout cas, une chose est sûre : qui a vaincu par la com', périra par la com'.
En attendant, supporter les provocations :
"Vous souhaitez communiquer sur vos vacances, M le président ?
-Oui. Faites dire que la location coûte 30 000 $ par semaine."
(Charb dans le dernier Charlie-Hebdo)

et les insultes :
"Elle est de la race des seigneurs"
(Cécilia à propos de Rachida, ou l'inverse. Et nous qui ne sommes pas de la race des seigneurs, sommes-nous de celle des esclaves ? des serfs ?  sommes-nous la racaille ? )

Que faire contre le tout Sarkozy. Le dénoncer c'est l'aggraver. Se taire c'est l'approuver.

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01 août 2007

paris, le 28 juillet 2007

De  République au pont Sully
specialriches
Allez, saute !

chez_rebecca_02
si t'as pas peur de Rébecca...

cirqued_hiver02
Gloire au cirque d'hiver

cirqued_hiver03
emballé.

cirqued_hiver05
Séquence rouge

peinturerueamelot01

peinturerueamelot02

peinturerueamelot03
puis grises peintures, rue Amelot

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Rue Marcel Gromaire,

ruegromaire01
attention

tag01
Un tag théâtral

vasques
Vasques de riches (contrepoint jaune)

bastille01JPGruestantoine01
Place de la Bastille, Rue St-Antoine

ruestantoine03
Un grand homme veille sur nous

ruestantoine
rue St-Antoine

pontsully02
Arrivé au pont Sully c'est la fête, Paris-plage, sur les berges à la place des bagnoles il y a des piétons

pontsully04pontsully05pontsully03
Des piétons enfin des gens des humains quoi

parisplage01
qui se comportent comme des humains

pontsully01
dans un décor c'est beau c'est à pleurer

Comme artistes il y avait Imbertimbert, impressionnant tout seul avec sa contrebasse mais les paroles c'est pas ça. Et puis Melle, une lorraine qui a une sacrée pêche ("j'suis une lorraine, mais j'suis pas une quiche!")

imbertimbert

melle

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13 mai 2007

oublier sarkozy

Oublier, pour quelque temps encore, oublier Sarkozy pendant que c’est encore possible.

La menace était présente depuis longtemps déjà, et se précisait de jour en jour, mais malgré tout on ne voulait pas y croire, on se disait c’est pas possible, ça ça ne pourra pas passer, les gens vont se rendre compte, ouvrir les yeux, alors en attendant on oubliait, on détournait le regard,on pensait à autre chose, on croyait à la belle apparition féminine, un souffle nouveau, sur nos écrans et dans l’imaginaire collectif.

Eh bien maintenant ce n’est plus une menace, c’est la réalité, et pour quelque temps encore, pour quelques jours, nous sommes dans le no man’s land, dans la pâleur de l’aube où le rêve est encore possible.

Oublier Sarkozy et ses mensonges, oublier le mensonge et la provocation comme méthode de gouvernement.

Oublier Sarkozy et son masque faussement apaisé, qui dissimule bien mal ses grimaces de haine et de mépris.

Oublier Sarkozy et tous les petits sarkozy qui vont proliférer un peu partout, ses petits émules, ses petits clones, qui vont imposer leurs « valeurs », leur « morale », leur « ordre », qui vont vous regarder de travers s’ils sentent que vous ne pensez pas comme eux,et qui vont se sentir insultés si vous le leur dites.

Oublier nos pauvres petites valeurs de gauche, désormais ridicules, la solidarité, le partage, le goût de la justice et de la révolte, la croyance en un monde meilleur où chacun aurait le droit de vivre dignement.

Oublier l’opportunisme qui rend hommage à la victoire, les traitres ET les crétins qui tous se précipitent pour faire allégeance, qui quémandent une place à la table du chef ;

Oublier le malheur des vaincus,la très grande honte des vaincus qui sont responsables par leur légèreté et leur inconstance de tout et du reste, les « incompétents », les « jaloux », qui fort heureusement ont été mis en déroute.

Oublier encore un temps les sombres et nombreuses années qui nous attendent, le règne à quoi rien ne pourra s’opposer de cette hybride de Thatcher et Berlusconi, mâtiné d’une dose encore à évaluer de Big Brother.

Alors, pas d’espoir ? Si, une lueur, une certitude, même, car on ne « liquide » pas l’histoire : « Mai 68, c’est demain ». Je cite de mémoire : Nicolas Sarkozy mettra toute son énergie, tout son talent, à instaurer la nouvelle devise : travail, famille profit. Mais grâce à lui, on peut le dire , mai 68 c’est demain » Philippe Sollers, chez Guillaume Durand, émission esprits libres, 11 mai 2007.

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28 avril 2007

pour royal

« Les Français vont-ils oui ou non se soucier de leur intérêt principal : l’exportation ? Dans ce registre, ils n’ont pas beaucoup d’efforts à faire pour trouver le produit idéal : c’est Ségolène Royal. Au cas où ils ne choisiraient pas, à la surprise planétaire générale, d’élire Ségolène Royal, cela voudrait dire qu’ils ont choisi le repli sur soi, la résignation, la fatigue, le sécuritarisme, le ressentiment.
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« Quand j’ai dit qu’il fallait tenter l’expérience féminine à la présidence de la République, on a cru comprendre que je parlais de la femme en soi . Ce qui serait un machisme à l’envers. Or il ne s’agit pas de la femme mais de cette femme là, de sa façon de se déplacer, de s’habiller, d’utiliser ses bras, de sourire, c'est-à-dire d’une Française très raffinée.

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« Royal gêne par sa supériorité paradoxale, puisque se disant socialiste, elle est, à n’en pas douter, quelqu’un de classe. Regardez la différence. Prenez Sarkozy. Quel mauvais goût ! Que de clichés populistes ! Souvenez-vous de cette image pathétique de Sarko sur son cheval blanc en Camargue.
sarko_camargue

Pour dire ensuite qu’il n’avait pas trouvé lors de sa chevauchée le tracteur de Bayrou
sarkozy_camargue_tracteur_4_2007

[...]

Comparez avec la lumineuse apparition de Ségolène à Toulouse, mangeant des yeux Zapatero avec délicatesse,
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en appelant à l’axe franco-espagnol. C'est-à-dire la victoire de la République contre le fascisme.

«  La grande classe donc c’est Ségolène et c’est ce qui retient de façon maussade et jalouse le peuple de gauche qui n’est pas habitué à cette dimension. Si Ségolène est battue, ce qui est malheureusement et nationalistiquement probable, elle sera brûlée. Et le peuple français aura dit non au monde entier. »

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Philippe Sollers, propos recueillis par Jacques Anquetil, le nouvel obs du 26-4-2007.

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23 avril 2007

puis redisparait.

Un qui ne risque pas de disparaitre c'est Sarkozy.
Bientôt on va l'avoir au petit-déjeuner, au déjeuner, au 4 heures, au diner, en soirée, et dans nos cauchemars...
Sur toutes les chaines de télé, toutes les radios, en permanence.
C'est pas la présidence de la république qui va le calmer, il faut pas se faire d'illusions.
Ce type là va concentrer tous les pouvoirs dans ses mains.
M'enfin il parait qu'il est républicain, alors, on est sauvé.
Un libéral, mais aussi un humaniste. C'est lui qui le dit : "l'homme n'est pas une marchandise comme les autres" :


Sarko - la marchandise
envoyé par Lenerver

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