le blog de gab

le partage, la découverte, l'échange, la création d'émotions, de réflexions

14 mai 2009

new york !

(vous pouvez cliquez sur les images pour les agrandir)

« Dès l'aérogare
J'ai senti le choc
Un souffle barbare
Un remous hard-rock
Dès l'aérogare
J'ai changé d'époque
Come on! Ça démarre
Sur les starting-blocks... »

Moi c’est en sortant du bus
que j’ai senti ce choc
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une vibration
une rumeur inlassable un souffle formidable
j’ai vu des montagnes des à-pic
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des forêts transparentes de verre et d'azur

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des canyons et des gouffres
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des assemblées de géants tranquilles
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des cascades des cataractes
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la houle des buildings la skyline
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j’ai vu la ville fortifiée
plus ancienne peut-être que nos villes médiévales
plus ancienne que les remparts de Thèbes de Baalbek
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des donjons des beffrois des vigies des murailles
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Et j’ai vu aussi des humains
« des hommes, partout des hommes »
des torrents d’humains des déferlements d’humains des océans d’humains
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l’océan de l’humanité du monde humain
à chaque fois des visages uniques
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l’impression quelquefois d’être dans à naples par exemple
dans une ville d’Italie
chacun joue son rôle avec ce qu’il faut de frime de conviction ou bien de détachement
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trouver le rythme entrer dans la danse oui
mais jamais ne fermer les yeux
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toutes les routes du monde convergent ici
sur cette île cet archipel bien blotti au fond de sa baie

c’est un accumulateur l’énergie explose et rebondit
les migrations incessantes de l’humanité toutes elles sont passées par là elles ont débarqué leurs lots de douleurs et de joies et de croyances
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ici c’est l’humanité à nu au milieu de l’artifice de l’artefact de l’image de l’illusion
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c’est comme partout ailleurs mais c’est bien plus fort bien plus lisible



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20 avril 2009

amour d’amiens suite 2 : la vierge dorée

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Résumé des chapitres précédents : l’amour d’amiens, c’est sa cathédrale, même si on ne sait pas trop ce que c’est, cette cathédrale, et dieu non plus d’ailleurs (enfin moi je ne sais pas).

 

Il faut vous dire, pendant des années la cathédrale faisait peine à voir, couverte d’une épaisse couche de crasse et de pollution, désertée, ignorée, livrée aux quatre vents, à l’écart de la ville, alors que sans doute elle en avait été pendant de nombreux siècles le coeur  battant.

Et puis il y a eu les travaux de rénovation, la cathédrale a été inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO.

Pendant ce temps là celle qu'on appelle maintenant la « vierge dorée », au portail sud, avait disparu. Elle était soignée, nettoyée, câlinée certainement dans un laboratoire ad hoc, par des gens compétents, dévoués, admirables et qui tous sont tombés j’en suis sûr amoureux de l’objet de leur travail et de leur peine.

Les travaux se sont poursuivis, des hommes ont nettoyé la pierre, ils ont retrouvé la teinte originelle des statues, du décor. C’est bouleversant de voir ça, c’est comme un message qui remonte du passé. Un jour la vierge dorée est réapparue, mais au milieu d’un chantier.

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Splendide mais hors d’atteinte. J'ai attendu longtemps, je passais souvent devant elle, impatient de la voir enfin dans son entière splendeur.

 

Maintenant le chantier est fini. Et la vierge dorée est toujours hors d’atteinte. Elle tient son enfant dans les bras, son enfant tient le monde dans sa main, trois petits angelots tiennent derrière elle un  mandorle (en fait c’est plutôt une auréole, mais je préfère dire mandorle, peut-être à cause de ces deux couleurs, vert et or, de la mandorle…)

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Au dessus, les prophètes et autres personnes sérieuses semblent ignorer la scène.

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Moi je regarde sans me lasser, je suis bien sur terre, je reste sur terre, bien loin de ce tableau charmant, léger, aérien. Il en émane une joie simple : la joie de l’enfance, de la vie, la joie de l'amour et de l'innocence. La tête de l’enfant n’est pas beaucoup plus grosse qu’un poing…

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Les angelots sont là comme pour casser le tête-à-tête souvent grave, ou douloureux, de la mère et de son enfant. Ils emportent le tableau général dans l’allégresse, loin des représentations plus habituelles de la madone et de son enfant, comme celle qu’il y a à coté, sur le portail de la vierge de la façade…

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(Elle est magnifique, elle aussi…)


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04 avril 2009

amour d'amiens (suite)

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Résumé du chapitre précédent : l'amour d'Amiens, c'est ça sa cathédrale, bien sûr, mais on ne sait pas bien ce que c'est, cette cathédrale.


Voici la mienne en tout cas, oui, ma cathédrale.


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Façade, portail de la vierge. Attitude hiératique des personnages, mais l’ensemble est subtilement rythmé par les inclinaisons et directions différentes des têtes, des mains. Deux statues attirent particulièrement le regard, car elles composent, très discrètement, une belle scène, bien connue, de l’évangile :


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 L’annonciation, bien sûr. Gabriel et la vierge échangent des secrets.


Main de Gabriel : enseignement. Main de Marie : réserve, acceptation.
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Voussures du portail principal. Les générations successives des humains sur Terre, la ronde des incarnations, les vivants qui succèdent aux morts ; les morts qui soutiennent les vivants.
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Lui c’est mon copain. Il a l’air un peu illuminé comme ça, un peu simplet, mais il est enthousiaste, généreux, prêt à tout pour rendre service, le cœur sur la main.

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Quelquefois un peu exalté.

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Je ne sais pas quel personnage c’est. Je pense qu’un ouvrier de la cathédrale lui a prêté ses traits, son allure (car oui, bien sûr, la cathédrale a été construite par des hommes, et ce n’est pas le moindre de ses mystères).

 

La lumière de la cathédrale, sa lumière intérieure.
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Un chef d’œuvre modeste. C’est juste un ange qui soulève une tenture. La couleur rouge en est admirable, inattendue dans cet univers de pierre grise.
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La figure de l'ange : une douceur, et une tristesse, mystérieuse elle aussi.

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L’histoire de Firmin. C’est toujours la même histoire, celle que raconte inlassablement le christianisme. Firmin arrive, la venue du juste réveille les passions, les curiosités, les interrogations…
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... et finalement

la violence, la violence révélée.
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À l'extérieur, on retrouve Firmin, son portail. On y voit le zodiaque, accompagné des travaux et des jours des hommes. On se surprend à connaitre et reconnaitre ces images familières. Les cosmos nous accompagne chaque jour, nous le savions mais nous l'avions oublié.


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Je sors de la cathédrale, quelquefois j'ai l'impression que dieu m'accompagne et me protège. Mais dieu non plus je ne sais pas ce que c'est.

( À suivre )



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01 avril 2009

amour d’amiens

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L’amour d’Amiens, la joie d’Amiens, bien sûr c’est sa cathédrale.

 

On dit cathédrale, c’est pour dire quelque chose, c’est pour simplifier. En fait, on ne sait pas ce que c’est.

C’est peut-être un vaisseau cosmique prêt à décoller.
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C’est une machinerie, une usine à gaz
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somptueuse, certes, dans la lumière du couchant.
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C’est un machin, en tout cas, quelque chose qui capte l’énergie cosmique, ou alors un accumulateur, un dispensateur d’énergie spirituelle, de vérité.

C’est sûr, ça a été construit par des extra-terrestres, ils l’ont laissée là pour notre enseignement, ou alors par défi, pour que nous nous posions quand même un peu quelques questions, du fond de notre ignorance.

 

En même temps c’est un peu comme une maison, c’est familier, amical, on s’y retrouve. La façade a quelque chose d’écrasant, mais en fait elle vous redresse le coeur .

L’intérieur est immense mais intime, comme si votre âme s’y déployait, l’emplissait.
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(À suivre.)

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23 mars 2009

l'homme de glace

« J’ai épousé un homme de glace. »

Un vrai homme de glace.

Mon histoire parait extraordinaire, unique, il n’y en a pas de semblable. Tout le monde dans ma famille m’a rejetée. Maintenant je suis dans la solitude glacée, tout le monde m’a oubliée, peut-être les gens ne me voient même pas.

 

Peut-être une lointaine cousine française aurait pu me comprendre, et partager ma peine :

 

« Maman le vent me fait la cour

le vent me trousse et m’éparpille

le vent me souffle des discours…

 

Il pousse mes volets la nuit…

 

Et je crois qu’un enfant va naitre…

 

Maman mon fils est né ce soir

J’en suis restée toute meurtrie

N’ai pas eu le temps de le voir

Il m’a laissée à ma folie

et le voici parti maman

Aux trousses de son père le vent… »

 

 

J’ai entendu parler d’une possible sœur, de son histoire on a fait un film. Son mari travaillait sur une plate-forme pétrolière. Il a un accident, il est condamné, elle dans sa folie elle le sauve, pour lui elle se sacrifie, lui il a l’air de trouver ça normal, il se rend pas compte. Au moins elle pour se sauver elle parle avec les anges. Et puis elle se sauve pour de bon, elle monte au ciel je crois me souvenir. Pendant ce temps inlassablement les vagues se cassent.

 

Ô vous toutes mes sœurs oubliées sacrifiées

rejetées en marge de la vie des hommes,

cantonnées dans le désert de la fatalité,

méprisées ignorées moquées,

mes innombrables sœurs invisibles,

ne me rejetez pas partagez ma peine,

j’ai épousé un homme de glace.

 

 

L’homme de glace, une nouvelle d’Haruki Murakami, dans le recueil « saules aveugles, femme endormie », ed Belfond.

La femme du vent, une chanson d’Anne Sylvestre.

Breaking the waves, un film de Lars von Trier.


 

 

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07 mars 2009

tristesse d'amiens

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Un an à peu près que les travaux de rénovation de la place de la gare du Nord, à Amiens, sont finis .

La place de la gare c’était l’œuvre d’Auguste Perret, après la guerre, une place de proportions très classiques, mais révolutionnaire quant à son matériau – le béton – et dominée par l’étonnante silhouette de la tour Perret.

Une architecture modulaire, intelligente, qui parvenait à s’intégrer dans un lieu disparate, essentiel et contradictoire de la ville, et qui lui donnait une unité.

Une place surtout qui remplissait son rôle de carrefour et de rencontres, où  il y avait des bagnoles, des gens, des taxis,… et même quelques arbres…,

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et, aux heures de pointe, des embouteillages, des cris et de l’énervement, une place devant une gare, quoi, vivante de la vie des grandes villes de la fin du vingtième siècle.

Le maitre des lieux d’alors (Gilles de Robien), pour des motifs certainement louables, décida de remanier ce lieu hautement sensible, et donna, après un simulacre de concertation, sa préférence, au « projet Vasconi ».

Sur le papier, et sur les croquis, cela apparaissait comme une légère épure dessinée et construite par des anges, une « canopée », une verrière évanescente, quasiment immatérielle :

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Hélas ! le résultat est tout à fait différent…
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On a l’impression que les décideurs se sont dits : toutes ces voitures, ces gens qui font des choses aux abords de la gare cela fait vraiment trop désordre, il faut mettre un  terme à tout ça, il n’y a qu’ à interdire la circulation et le stationnement des voitures des piétons et des bus, comme ça nous aurons la paix, nous aurons un espace parfait, pur, calme, non pollué par l’humanité, le vulgum pecus.

De ce point de vue c’est réussi. Le résultat est un espace pompeux, vide, théâtralisé. Une scène de théâtre, oui, mais les seuls acteurs sont des adeptes du skate-board, peu enthousiastes, et il n’y a pas beaucoup de spectateurs.

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Tout converge vers des coulisses sinistres et anonymes.
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En se baladant sous la canopée, on s’aperçoit qu’on a affaire à des perspectives tristes, des plans inclinés, ou verticaux, ou horizontaux, sans grâce, sans rythme, sans débouchés.

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C’est vrai qu’il n’y a plus d’embouteillage à la gare : il est pratiquement impossible de stationner pour venir chercher ou déposer un visiteur. Les taxis ont obtenu une dérogation, ils peuvent attendre le client sous la canopée, comme en douce, en marge. Mais pour les particuliers, il faudra composer avec les stationnements interdits, et de toute façon, impossible de passer naturellement près de la gare, on a à subir un détournement arbitraire, inutile, qui vous entraine dans un des plus laids paysages urbains qui soit, en plein centre-ville !

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L'anonymat d'une ville grise et froide, agrémenté d'un magasin de pompes funèbres...

Maigre consolation : de Robien a été battu aux élections municipales, laissant la place à une équipe socialiste, apparemment plus soucieuse de la vie quotidienne des gens que de parsemer la ville de monuments et constructions plus ou moins grotesques.

Mais n’empêche que pour maintenant longtemps la situation autour de la gare est figée. Il sera long, difficile et couteux de réparer les dégâts. Toutes les contradictions, les difficultés, toute l’histoire de la ville, qui se concentrent dans ce lieu, sont maintenant coiffées d’une incompréhensible et inutile « canopée », le contraire d’une architecture belle et intelligente, telle qu’on peut la voir à l’autre gare du Nord, à l'autre bout de la ligne, la gare du nord de Paris, et son puits de lumière…

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Alors oui, on peut parler de tristesse d'Amiens. Tout n'est pas négatif dans ce qu'a accompli de Robien, loin de là. Il a sorti la ville de sa torpeur résignée, il en a fait une métropole dans le gout de l'époque, bien plus vivante qu'elle ne l'était, relativement attractive,  et certaines réalisations et équipements sont des réussites. Mais on a l'impression en passant et repassant sur cette place qu'une sorte d'ancienne malédiction est revenue. La malédiction d'une ville qui ne trouve pas sa place entre les agglomérations parisiennes et lilloises, qui a voulu  se la jouer grande dame ambitieuse, et qui se retrouve malgré tous ses efforts affublée d'un faux nez vulgaire et encombrant, et qui sait qu'il sera bien difficile de rattraper le coup, de réparer les dégâts, de se composer un visage plus aimable.

Les hortillonnages sont tout prés, oublions l'agitation et le calme également factices, profitons de notre chance – la ville est là, tout autour, nous entendons sa rumeur assourdie ! – contemplons longuement le jeux et les reflets d'une pâle lumière dans le courant tranquille de la Somme...
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26 février 2009

Une tante pauvre

C’est une nouvelle de Haruki Murakami, qui a pour titre « l’histoire d’une tante pauvre ». Le héros se pose des questions sur ce que c’est une tante pauvre. Lui, personnellement n’en a pas dans sa famille, tandis que sa copine, oui.

Moi j’ai le privilège d’en avoir eu deux, de tantes pauvres, et même de les avoir bien connues, quoique étant alors enfant. Je ne sais pas elles étaient vraiment des tantes pauvres, comme en parle Haruki Murakami :

 

« Mais, au moins, tu as certainement rencontré une tante pauvre au mariage de quelqu’un. Exactement comme chaque étagère possède une longue rangée de livres que l’on n’a pas lus, chaque armoire, une robe qui n’a pratiquement pas été portée, à chaque mariage figure une tante pauvre.

Presque personne ne prend la peine de la présenter aux autres convives. Presque personne ne s’adresse à elle. Personne ne lui demande de faire un discours. Elle a pris place à la table qu’on lui a assignée, mais elle est simplement là – comme une bouteille de lait périmée. Elle avale son consommé à toutes petites cuillérées tristes. Elle mange sa salade avec sa fourchette à poisson. Elle ne parvient pas à attraper tous les haricots. Et c’est la seule qui n’a pas de cuillère quand, au dessert, les glaces sont servies. »

 

Les miennes, mes deux tantes pauvres, avaient une forte personnalité, au contraire. Elles n’étaient pas du genre à se faire oublier. N’empêche, c’était mes tantes, et elles étaient pauvres, alors…

Alors peut-être que l’une d’elles, ou les deux, est accrochée dans mon dos, sans que je m’en aperçoive. Le héros (qui est le narrateur) de la nouvelle,  lui, il se retrouve avec une tante pauvre accrochée dans son dos. Tout le monde la voit – à commencer par ses chats – mais chacun différemment, suivant sa sensibilité et son histoire. Et cela lui vaut quelques mésaventures, plutôt comiques, à vrai dire.

Quand j’y pense je les aimais bien mes deux tantes pauvres. L’une vivait à Montrouge, dans une seule pièce, une fois nous y sommes allés toute la famille, j’étais petit, je m’étais exclamé « qu’est ce que c’est petit chez toi ! » Cela avait provoqué une sorte de scandale, un malaise que tout le monde certainement s’était empressé de dissiper. Mon autre tante elle était communiste, elle s’était mise un peu en marge de la famille, je me souviens, j’étais déjà plus âgé, c’était à la mort de Jacques Duclos, il y avait un Charlie-Hebdo qui se moquait de la mort du vieux stalinien (« Adieu Jacques »), ma tante qui était là louchait sans rien dire sur cette couverture…

Avec cette tante dans le dos, les amis du narrateur s’éloignent de lui :

 

« Je commençai à me sentir semblable à un fauteuil de dentiste : personne ne le déteste mais tout le monde l’évite. Si, par hasard, je tombais sur des amis, ils trouvaient à l’instant une bonne raison de s’éloigner au plus vite. « Je ne sais pas, m’avoua une fille avec un certain embarras, mais une grande honnêteté. C’est plutôt difficile, tu comprends, de se trouver à tes cotés ces temps-ci. Peut-être que si tu avais un porte-parapluie dans le dos, je ne dis pas…

Un porte-parapluie.

Bon, c’en est assez, me dis-je. De toute façon, les relations sociales, ça n’a jamais été mon fort. Et je n’ai absolument pas envie de vivre avec un porte-parapluie dans le dos. »

 

Moi je n’ai pas de tante, ni de porte-parapluie, visibles dans le dos. Mais, tout comme le narrateur, les relations sociales, ça n’a jamais été mon fort. Et comme lui, « je fais partie de ces gens qui essaient d’écrire des romans ».

Elles sont là, mes deux tantes pauvres, elles sont là parce que, de temps en temps, je pense à elles. Ce n’est pas qu’elles m’étaient très proches, non ; comme dans ma famille en général, nos rapports étaient assez distendus, assez lointains. Mais n’empêche, elles sont là, ce n’est pas un poids, non, ni une présence, mais un souvenir qui s’éloigne et qui de temps en temps revient en douce, en pointillés.

Et d’ailleurs ce n’est même pas ça. C’est juste un mot, « tante pauvre », un mot qui est planté dans notre chair, ou comme dit H.M, « une sorte d’électrode connectée à l’esprit ». Il y a des millions et des millions de mots, c’est entendu, et des millions et des millions de gens qui les utilisent :

« Le monde regorge de millions de raisons qui donneront je ne sais combien de millions de résultats différents. Il existe des millions de raisons de vivre et des millions de raisons de mourir. Des millions de raisons de trouver des raisons. »

 

Alors on se débrouille avec la tante pauvre qui est dans notre dos. Et puis d’ailleurs on est tous, peu ou prou, une tante pauvre, on ne peut même pas dire la tante pauvre de quelqu’un. La tante pauvre n’appartient à personne, elle n’est de nulle part. Elle est la part oubliée, le contraire de la part maudite. Peut-être la part des anges ?

 

« Bien sûr, le temps terrasse tout un chacun avec une égale indifférence. Comme un cocher bat son vieux cheval jusqu’à ce qu’il meure sur le chemin. Mais la correction que nous subissons est si légère que peu d’entre nous s’aperçoivent qu’ils sont battus.

Néanmoins, lorsqu’il s’agit d’une tante pauvre, nous sommes aptes à voir en face les espiègleries du temps, comme à travers les vitres d’un aquarium. »  

 

Elle a une sorte de perfection, la tante pauvre, dit H.M. La perfection de nos regrets, de notre nostalgie. La perfection du temps qui vient, d’un rêve d’avenir, d’une utopie où tous nous serions heureux et fraternels.

Ou alors la perfection d’une expression lointaine, à venir, « dans dix mille ans ». Nous aurons tout, dans dix mille ans, répond en écho Léo Ferré.  Mais non, ça n’a rien à voir, Léo Ferré comme le chantre des tantes pauvres, vous pensez…

Ça me rassure de penser à ça, à un avenir tellement lointain – l’an 12009 ! – que bien sûr il n’existe pas du tout, mais que en même temps il est là, et il me console de ma paresse, et de cet ennui et de cette difficulté qu’il y a à vivre chaque jour l’un après l’autre (« Tu sais, continua-t-elle, comme si elle me confiait un secret, la vie est vraiment dure. – Je sais. Elle avait raison. C’est vraiment dur de vivre. »).

 

 Le dalaï lama, lui, il dit :

« Se contenter de vivre ne suffit pas. Les vingt premières années de notre existence, on se dit que l’on est trop jeune et on ne se met pas à l’étude. Après, on passe vingt autres années à dire : « je vais pratiquer, je vais pratiquer », mais on ne le fait pas. Viennent ensuite vingt années qui se passent à répéter : « je ne peux pas, je ne peux pas », à se lamenter de ne pouvoir étudier parce que l’on est trop vieux, que la vue baisse et l’ouïe aussi. C’est ainsi que l’on gaspille sa vie. »

 

Il a raison le dalaï lama ! Mais je doute qu’une tante pauvre un jour se soit accrochée à ses basques… Ou alors c'est le contraire : la tante pauvre c'est le karma, c'est le passif des vies antérieures gâchées, et le dalaï lama lui qui est l'illuminé il a à sa basques toutes ces pauvres vies...

 

Et quand tout sera accompli – dans dix mille ans – toutes les tantes pauvres reviendront, le monde sera fait à leur mesure, ce sera un spectacle de pure beauté. Oui, nous verrons cela, si dieu nous prête vie, encore, pour dix mille ans !

 

L’histoire d’une tante pauvre, une nouvelle de Haruki Murakami. Dans le recueil  «Saules aveugles, femme endormie », ed. Belfond.

 

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07 décembre 2008

dialogue au bord de la mer

— « Écoute… écoute… Dans le silence de la mer il y a comme un balancement maudit qui vous met le cœur à l’heure ». C’est Léo Ferré qui a dit ça…

— J’adore le bruit de la mer…. Je ne m’en lasse pas.

— Dans ce balancement maudit, dans ce silence, j’ai enfin entendu ce qu’il disait ce silence, j’ai entendu le « Kirie eleison » de la messe en si. Seigneur prend pitié…. La malédiction de la condition humaine, oui, et cette imploration qui monte et qui descend, qui se répercute, qui se retire et qui s’avance, qui se répand et se répond de vague en vague, ici toute proche, et puis lointaine, à l’autre bout de la plage, comme des voix qui se répondent de pupitre en pupitre…
Et puis maintenant j’y entends autre chose, j’y entends de la joie, une joie sans mélange, une joie sans égale, comme des éclats de rire, des remuements de foule en liesse, les éclats de voix d’une joyeuse assemblée éternelle, et c’est notre ignorance qui est maudite…

— Moi, j’entends le bruit de la mer.


Mer et kirie eleison


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18 novembre 2008

les journées du patrimoine, et la vie éternelle

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Une journée du patrimoine, septembre 2008, à Amiens.

Quartier Sainte Anne. Le conférencier n’est pas très aimable, plutôt pressé, pas très pédagogue quoi. Pourtant il explique des choses intéressantes.
Nous sommes dans le nord de la France, les maisons sont en briques… Le long coté de la brique s’appelle la panneresse, le coté court la boutisse. La disposition des briques s’appelle l’appareillage, et on distingue l’appareillage anglais : on alterne une rangée de boutisses, une rangée de panneresses :

 

appareillage_anglais

Plus rare et plus attrayant : l’appareillage flamand : dans chaque rangée, on alterne boutisse et panneresse :

appareillage_flamand

Les constructions plus récentes sont dévolues à un appareillage plus commun (l’appareillage français ?), l’appareillage en panneresses, bien monotone :

appareillage_en_panneresse

Question de rentabilité, probablement.

Une campagne de ravalement a fait ressurgir la diversité des façades des maisons amiénoises, leur a donné un coup de jeune. À droite, une façade ravalée. La brique est mise à nu, les joints sont beurrés (pour rattraper l’irrégularité de la brique), à gauche les briques et les joints sont peints :

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Plus rare et plus fragile, le joint en saillie. Difficile de trouver un artisan qui sache encore le faire :

joints_en_saillie

Le quartier est calme maintenant, peut-être était-il plus animé dans le temps, en tout cas on décèle l’existence d’anciens commerces sur d’assez nombreuses façades :

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Quartier Saint Acheul. Le conférencier est un architecte de la ville, beaucoup plus enthousiaste.
Il y a eu trois principales campagnes de construction de maisons amiénoises… Des promoteurs achetaient des lots et construisaient sur ces lots des maisons toutes semblables. Puis le temps fait son œuvre, les maisons sont diversement entretenues, aménagées, elles prennent chacune leur patine , leur personnalité :

fa_ades_amienoises

Sur le boulevard de Pont-Noyelles, les maisons se font plus cossues, le décor est plus riche, mais on garde l’idée générale de la maison amiénoise :

maison_amienoise_boulevard

Sauf des façades d’inspiration arts-déco, il n’y pas de style bien défini ; on parle de style éclectique… :

maison_amienoise_style_eclectique

Une des personnes qui suit la conférence parle d’un magasin, Au bonheur des dames, aujourd’hui disparu. Je m’en souviens, il était au bas du boulevard, maintenant il y a une banque. Mais lui parle d’un temps plus ancien, où ce magasin aurait été un peu plus haut sur le boulevard...

 

En des temps encore plus anciens, la ville, plus petite, était protégée par des fortifications. Il en reste des traces : la rue du fossé, la rue de la contrescarpe, et cette bizarre place, qui sert de parking, la trace d’une ancienne redoute redoute :

amiens_ancienne_redoute

Quartier Saint-Acheul et quartier Sainte-Anne sont les résultats d’une politique d’urbanisme cohérente et bien suivie dans le temps. Cela leur donne un aspect homogène, quelquefois monotone. De grands axes de circulation immémoriaux tranchent littéralement dans cette uniformité : la rue Jules Barni par exemple mélange de modestes maisons d’employés, d’ouvriers agricoles, des masures, des maisons de maitre, des entrepôts, d’anciennes petites fabriques :

amiens_rue_jules_barni_1

amiens_rue_jules_barni_2

Des générations d’humains ont moulé, puis posé des briques par ici. Ils ont monté des murs, puis se sont réfugié derrière. Quelquefois on voit un mur qui tente de retourner à l’état sauvage :

mur_sauvage

Ceux qui ont élevé ces murs maintenant ils sont morts. Mais nous, nous maintenons, nous nous souvenons. Nous vivons parmi eux, parmi la cohorte des morts oubliés, auxquels nous succédons, et que nous rejoindrons. Dans les journées du patrimoine ou dans des promenades mélancoliques, nous leur rendons un hommage maladroit, nous les maintenons en vie, nous nous imprégnons de leur présence mystérieuse.

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10 novembre 2008

« l’arbre de vie », séraphine de senlis

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seraphine_l_arbre_de_vie
(cliquer sur les images pour agrandir)

Il s’agit bien de cela, oui. Il s’agit de la naissance de la vie, son surgissement, son fonctionnement intime. Les mitochondries, les cellules palpitent, les sèves circulent. Le foisonnement, la fécondation, l’ovule.

seraphine_l_arbre_de_vie_detail_bas

En bas c’est le fond de la mer. Des animalcules, des brins d’algue vibrionnent dans la lumière qui vient d’en haut, ils sont secoués agités par les remous de l’océan, et puis ça s’organise, une colonne se dresse, elle tourne sur elle-même, ça s’élève, ça s’arrache du fond obscur et ça surgit dans la lumière blanche :

seraphine_l_arbre_de_vie_detail_milieu

sur fond blanc en demi-lune coupée, au centre du tableau, il y a ce fonctionnement obstiné, peut-être le mouvement obscur que nous sentons dans nos entrailles, ou la circulation de l’air dans les alvéoles de la cage thoracique, mais la cage a éclaté, il y a la joie secrète et éclatante de la floraison, et la lourdeur des fruits mûrs, grenades, iris, bleuets, cassis et grappes bleues, les simples et les ignorés, la feuille morte qu’on foule sur le chemin, les poulpes et les pieuvres, l’inflorescence, le cablage, le réseau…

 

Là haut ça grimpe, ça s’étend ça explore le ciel, ça s’installe.

seraphine_l_arbre_de_vie_detail_haut

On a surgi de la mer, il s’agit maintenant de s’inscrire dans le ciel, tournoyer dans l’azur, s’élancer vers des galaxies lointaines et si proches et si semblables cependant. On les voit ces galaxies, maintenant ce sont elles qui tournoient dans le ciel, il faudrait mieux dire derrière le ciel, car ce n’est plus ici, ce n’est plus sur terre, le mouvement est maintenant lointain , estompé…

 

 

Mais, assez de ces verbiages. Paix, calme, silence. Je contemple une autre toile, et ce n’est rien, c’est comme de contempler rêveusement un bouquet de fleurs, dans un intérieur bien confortable, ou bien alors  sortir dans le froid de la saison, et regarder et écouter un arbre qui bruisse doucement dans la grise lumière d’un après midi suspendu. Séraphine est là, c’est son jour de congé. Tout le monde la prend pour un folle, ou une simple d’esprit. Elle est comme ses toiles.

seraphine_les_cassis

Ici l’esprit souffle doucement. Les fruits d’or sont lourds, sur leur fond profond de feuilles dentelées. L’esprit du créateur est immense, à vrai dire sa fantaisie n’a pas de limite, et l’œil de Séraphine regarde amusé ce déploiement que tout le monde oublie.

 

Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis.

 

Une expo au musée Maillol, à Paris, jusqu'au 5 janvier. 18 œuvres en tout. Beaucoup viennent du musée d'art et d'archéologie de Senlis.

 

Un beau film de Martin Provost, avec Yolande Moreau.

 

Dans le site de la dormeuse, on peut lire l'article affamées, qui met en parallèle les destins tragiques de Camille Claudel et Séraphine Louis.

 

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12 octobre 2008

Deux autres exercices de méditation estivale

et balnéaire.

 

Oui je sais pour cette année c’est trop tard. Peut-être l’été de la Saint Martin pour certains d’entre nous ?

 

Premier exercice.

 

Matériel nécessaire : une houle légère et régulière, un maillot de bain.

 

Vous nagez le long de la grève, là où il y a peu de fond, à l’endroit juste, avant que les gentilles vagues ne se brisent (on ne peut pas dire qu’elles déferlent, ni qu’elles se brisent d’ailleurs…).

Votre attention est fixée sur votre mouvement, votre direction, le souci de ne pas se retrouver sur le sable, la difficulté de nager en eau peu profonde.

Soudain une vague vous soulève, vous tire doucement vers le large, accomplit avec vous son cercle et vous repose.

Pendant un instant vous avez été ailleurs, le monde vous a porté, vous a bercé, et ce bercement s’est mélangé à tous vos mouvements, à ce mouvement volontaire de la nage, aux mouvements divers de votre esprit.

C’est presque rien, c’est ineffable, c’est un moment suspendu, c’est un instant de pure jouissance.

Et puis plus rien, vous vous retrouvez à nager, les vagues passent au dessus de vous comme d’habitude.

Vous cherchez à retrouver cette sensation. Non, elle ne vient pas.

Et puis de nouveau elle est là. Le temps d’une vague… de deux vagues… C’est tellement fragile, ça ne tient à rien, ça tient à votre oubli de votre volonté, oubli des discours, c’est une pure sensation, c’est être dans le monde, pour un instant, pour cet instant seulement.

 

 

Deuxième exercice.

 

Matériel nécessaire : une plage dans la lumière du matin, pas surpeuplée, pas déserte non plus.

 

Dans la lumière du matin

plage01

 

ou du soir

plage02

 

Vous êtes bien. Vous vous sentez bien. Vous prenez conscience que les gens autour de vous aussi sont bien, se sentent bien. Vous les observez. Et eux, bien sûr, ils vous observent aussi. Vous n’y avez jamais pensé, enfin si, peut-être, sûrement même, mais c’est comme une idée nouvelle qui vous vient.

 

Et puis quelquefois une sorte de miracle se produit. Sur cette plage qui est comme une scène de théâtre, où chacun est sous le regard des autres, et le sait, il arrive que tous ces acteurs improvisés, nous tous abandonnions toute idée de représentation, de duplicité, de tromperie.

Tout le monde se laisse aller à la douceur de l’instant. La mer déverse ses ions négatifs et ses embruns sur vous, sur tous. Une espèce d’ivresse flotte dans l’air.

Les gens ont des comportements bizarres, finalement : celui-ci, peut-être un chef d’entreprise, est assis au bord de l’eau,  il construit un maladroit château de sable avec ses mains. Cette dame respectable marche dans au bord de l’eau, les mains derrière le dos, elle inspecte avec beaucoup de sérieux le clapotis des vagues. Une famille met un temps infini à plier ses affaires pour partir, tous leurs gestes sont au ralenti, comme suspendus dans une éternité provisoire. Deux jeunes amoureux sont allongés l’un à coté de l’autre, lui caresse l’épaule de sa fiancée, avec distraction, avec insistance, dans un geste anodin et hypnotique. Des regards fortuits s’échangent. Des sourires

Ça aussi bien sûr c’est fragile, ça tient à rien. Après tout le monde fait semblant d’oublier, tout le monde reprend ses oripeaux.

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30 septembre 2008

exercice de méditation estivale...

... et balnéaire. Pour cette année c'est peut-être un peu tard, mais l'année prochaine, oui, pourquoi pas ?


Matériel nécessaire : une plage, un coucher de soleil, des mouettes.

 

Attendre que la plage se dépeuple, au fur et à mesure que le soleil décline. La lumière devient de plus en plus belle, bizarrement c’est l’heure où les vacanciers s’en vont, préférant sans doute les beautés de l’apéritif ?

La plage est maintenant silencieuse, peut-être recueillie, et la lumière  va déployer ses  beautés et son histoire, faites confiance aux mouettes pour vous les enseigner.


Il suffit de les suivre dans leur vol : celle-ci, qui se détache de la colline, puis dessine une courbe gauche et parfaite dans le ciel lumineux du coté du soleil.


Regardez, elle vous montre le dégradé qui va de ce bleu lumineux, intense, vaporeux, à un bleu plus sombre, plus soutenu vers le profond de la voute, et puis une autre mouette prend le relais, celle-ci vous fait découvrir des fontaines, des cascades de mauve au dessus de la mer, et puis elle se pose sur la mer sombre, soudain on ne la distingue plus qu’à peine.


Vous aviez oublié les couleurs chaudes et nettes du littoral encore au soleil : cette mouette vous y emmène, elle vous dit : « regarde là aussi ! n’oublie pas ! ».


vous êtes un bon élève. Une mouette va vous donner à voir l’épaisseur de l’espace, le charnel de la distance de vous à elle. Elle est au dessus de vous, elle vogue dans la lumière, toute proche, et chacun de ses battements d’aile fait vibrer toute l’atmosphère, toute la terre.

mouette02

Maintenant vous pouvez récapituler tout l’espace que vous ont appris les mouettes, dans les dernières lueurs du jour. Tout se calme. Tout ce calme… N’oubliez pas.

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26 mai 2008

louise bourgeois

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Cellules : parcours dangereux.

Le voici, le grenier de mon enfance.
Dans le grenier de mon enfance aussi il y avait des ossements, je crois même qu'il y avait tout un squelette - ou un demi-squelette. Il y avait de grandes  armoires remplies de papiers, de journaux. Moi je m'étais arrangé une niche dans un placard, je tenais juste accroupi dans cet espace intime  et rassurant. Quelquefois mon frère s'installait de l'autre coté, lui il lisait je crois, moi je suçais mon pouce.
Dans le grenier de mon enfance aussi il y avait de vieux sommiers métalliques, poussiéreux et défoncés, des livres défraichis, des globes de verre, des bonbonnes renflées.
Dans le grenier (« passage dangereux ») de Louise Bourgeois il y a en plus trois petits sièges et un autre un peu plus grand, en cercle ils font un ronde, ils se tiennent compagnie. Il  y a aussi des chaises défoncées suspendues au plafond.

louise_bourgeois_passage_dangereux

Et cet espace du rêve et de l'enfance est impitoyablement délimité et défini par des grillages, qui m' interdisent tout accès physique mais m'ouvre les yeux sur l'importance et la fragilité de la mise en scène. Jamais bien sûr je ne pourrai retourner dans le passé, le sien pas plus que le mien.

« Le passé est guillotiné par le présent. »

« Les gens se guillotinent à l'intérieur d'une famille. »

Le grillage est là, entre le présent et le passé, entre l'artiste et moi, entre la rêverie et l'accomplissement. Des renfoncements sont aménagés, je peux m'avancer un peu plus, je suis presque dans cet espace magique, et peut-être maintenant est-ce moi qui suis enfermé et de l'autre coté il y a la liberté intérieure.


Cellules : Red Room (child) ; Red Room (parents).

Rien n'a changé non plus dans la chambres des parents. Celle-ci est plus réelle que n'importe quelle chambre de la réalité. Elle scintille, elle vibre des mystères révélés, des étreintes charnelles, de la lutte spirituelle, de la menace du silence et du temps qui passe. La malédiction et le miracle de l'incarnation, de l'organique, du sang et de la passion, de la mort qui menace mais qui est aussi comme une amie.

Et pourtant l'espace est calme, religieux. Des tentures, des objets mystérieux, des coffrets, des « tables de nuit ».

louise_bourgeois_red_room_parents

« private ». Le bois éraflé, la peinture écaillée, à l'extérieur. L'approche en spirale. À l'extérieur, mais aussi au centre, dans le miroir.

Dans la chambre de l'enfant, il y a des mains qui s'étreignent follement. Et aussi une lampe à pétrole, rouge, d'un modèle commun.

louise_bourgeois_red_room_child


Femmes-maisons

« j'ai découvert en 1990 que les femmes-maisons étaient des maison vides...
Quand je collecte des maisons vides, je me prouve à moi-même que dans toutes ces maisons personne ne se dispute. C'est ce que j'appelle la zizanie.
Ces gens qui se disputent c'est quelque chose de traumatique. J'ai très peur des scènes, et j'ai surtout peur des scènes, pas entre moi et quelqu'un d'autre, mais j'ai peur des scènes entre deux autres personnes. »


..........


Un sexe masculin je ne savais pas que ça pouvait être comme ça, que ça pouvait être ... représenté comme ça....
louise_bourgeois_sleep

Tout rond, « endormi », (sleep), comme joufflu. Une espèce de mécanique repliée sur elle-même, un ressort comprimé ?

Ou alors une « fillette » ridée, ridicule, pas vraiment photogénique, parcourue de plis et de replis, repoussante, attachante, organique, dénudée, naïve, bouleversante. Féminine ?

mapplethorpe_bourgeois_fillette
(La fillette, dans les bras de Louise bourgeois, photographiée par Robert Mapplethorpe, 1985.)

« Je trouve que c'est un objet gentil... »

« Je ne savais pas que les hommes étaient vulnérables... »


Seven in bed:
seven_in_bed

Ils sont sept, mais il y a 10 têtes ; 3 personnages sont bicéphales : 3 + 4 = 7, et 3 x 2 +  4 = 10. Il y a des hommes, des femmes. Tous ont l'air heureux.


« Nous sommes fragiles, et nous souffrons d'être fragiles. »

« Ce que je voulais ressusciter, c'était le droit, le droit d'être malheureuse, le droit d'être en deuil (de la France). »

« Introduire des visiteurs dans des maisons vides. »


Les citations sont extraites du film de Camille Guichard « Louise Bourgeois », Arte  video.
Centre Pompidou, jusq'au 2 juin. Plus qu'une semaine...

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05 mai 2008

rue popincourt

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Rue Popincourt, dans le 11ème arrondissement de Paris.

Un panneau de l'histoire de Paris, à l'entrée de la rue, nous dit tout ce qu'il faut savoir:

popincourt_histoire

La rue doit donc son nom à « Jean de Popincourt, premier Président du Parlement, qui possédait ici un manoir. Plusieurs maisons furent construites ici, elles formèrent un petit hameau baptisée Popincourt ».

On imagine les maisons blotties autour du manoir. Et autour, des forêts, des marécages, des chemins mal entretenus ?

Après il y a un temple, les gens s'embrassent, ils ont le droit de partager une nouvelle foi, de sortir de l'ornière de l'obéissance et de la dévotion aux puissants. Mais cela ne dure pas, un an après le temple est détruit, la communauté dispersée, les flammes longuement torturent la nuit.

Les années passent, les couvent des soeurs Annonciades étend son emprise sur un territoire chaque jour plus important. Ses murs protègent, mais aussi ils excluent ; des pauvres sont secourus, d'autres sont chassés. Toutes les courroies du pouvoir se mettent en place. Pouvoir temporel, pouvoir spirituel. Une formidable activité, un vrai business, sur plus de 8 hectares.

Après on ne sait plus ce qui se passe, jusqu'à l'édification de l'improbable «nouvelle Église St-Ambroise», dont on voit les clochers depuis la rue Popincourt.
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On ne sait pas comment le quartier autour de la rue Popincourt est devenu ce qu'il est : des ruelles, des impasses, des passages, des « cités », des « villas » ....

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...cachent et protègent un peuple industrieux et discret, des coins de verdure, des silences, des tintements d'horloge.

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Peut-être les lieux se souviennent-ils de l'ancien temple, des maisons blotties autour du manoir,  des couloirs du couvent, du bruissement des robes des soeurs...

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Et puis les affiches recouvrent les affiches, les maisons anciennes s'effondrent, d'autres surgissent de terre et de l'appétit des hommes.
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D'une ancienne chronique, Pierre Michon, dans son livre Abbés, rapporte ce vers :

« Toutes choses sont muables et proches de l'incertain. »

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24 mars 2008

Casse-toi alors pauvre con, et bienvenue chez les ch’tis !

La même semaine, c'était il y a quelques semaines,

notre bienaimé président immortalisait cette maxime du rejet et du mépris de l’autre (23 février),
casse_toi_alors_pauvre_con_1

et le film de Dany Boon, éloge de l’accueil et de la chaleur humaine, rencontrait dès sa sortie (20 février) un succès fulgurant et inattendu.
bienvenue_chez_les_chtis_affiche

Inattendu comme le fut d’ailleurs le retentissement du dernier « dérapage » de notre bienaimé président. Car le scandale éclate enfin, et tout le monde prend conscience de la vraie nature de notre bienaimé président : l’appétit à rejeter, à opposer, à susciter et faire monter les tensions, susciter les haines et les rivalités.

Il semble qu’à ce jeu là il se soit fait prendre au piège. À son tour il est moqué, méprisé, ostracisé. Il essaie de prendre de la hauteur, il se met en scène dans la solitude du plateau de Glières, hélas il trébuche, et ce faux pas est cruellement souligné par la télévision d’état !
sarkozy_glieres

Notre bienaimé président n’a pas d’affections humaines ; il tente de donner le change ; il ne comprend pas ce qui lui arrive. Le casse toi pauvre con revient sur lui …

 

Pendant ce temps là nous découvrons le message inverse dans le film de Dany Boon, un film faussement simple, faussement régionaliste, et qui ne se résume pas aux quelques scènes d’anthologie choisies pour la promotion.

Le film joue habilement sur les clichés et contre-clichés qu’on peut avoir sur le pays des ch’tis. Ils sont accueillants et chaleureux, certes, et le film sacrifie assez rapidement à cette vision convenue, comme pour mieux s’en débarrasser. Mais il montre aussi, avec pudeur, mais aussi avec une certaine exactitude, une réalité plus rude : alcoolisme, violence, isolement.

Le fonctionnaire des postes muté dans ch’nord (Kad Merad) essaie de dire à sa femme (Zoé Felix) que ça se passe bien, que les gens sont sympas. Mais cette vérité est proprement inaudible, et il se résout à lui réciter la seule chose qu’elle veuille bien entendre, le cliché d’un nord misérabiliste.

Ce cliché se trouve exactement mis en scène à l’intérieur du film, dans une mascarade tout à fait étonnante. Cette mise en abîme ne va pas sans créer un certain malaise ; ce n’est pas vraiment drôle ; c’est comme si une vérité était alors possiblement dévoilée.
bienvenue_chez_les_chtis_mise_en_scene

Par cette mascarade en tout cas les ch’tis vont permettre au couple « du sud » de sortir de leurs mensonges et de se retrouver.

Alors que Kad Merad prescrira à Dany Boon de désirer sa fiancée plutôt que sa mère.

Dany Boon, facteur alcoolique, tout près de ciel, et qui carillonne à tout va, transfiguré, puis encoléré, puis enamouré, délivré.

 

Et pendant ce temps là notre président bien aimé semble s’être calmé. Mais la cour du Roi continue de donner le même spectacle désolant des passions les plus vulgaires : au milieu des sourires convenus, le froid entre Veil et Bruni. Bruni allume Peres avec l’apparente bénédiction de NPBA. Le même PBA dévore des yeux Rafaeli, un autre mannequin… Bruni et Dati rivalisent de vulgarité.
veil_brunibruni_peres_sarkozysarkozy_bar_refaelidati_bruni

Il faudrait parler aussi de cette interview ou Elkabbach flingue en direct Dati.

 

Dany Boon nous dit ce qu’on peut sauver – ce qu’on doit sauver – des relations sociales « dans ce pays ».

bienvenue_chez_les_chtis_photo_de_tournage

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