Dimanche prochain, 24 avril, élections présidentielles au Togo.
Samedi dernier, 16 avril, violents affrontements entre les forces de l'ordre et les partisans de l'opposition ; au moins 7 morts, plus d'une centaine de blessés.
Voici des extraits d'un courrier daté du 25 mars de Stephan, mon ami togolais (il s'agit de la suite du courrier évoqué dans "Bè, le fief de l'opposition" :

Le 13 mars, ce furent les funérailles nationales d'Eyadema [à Lomé]. Événement populaire ici, présence de Michel Barnier. Le 15 ce furent les funérailles à Kara au palais des congrès (la grande maison chinoise avec une très grande salle de conférences), et pour la circonstance la ville était pleine à craquer pour une fois d'étrangers. Plus une place dans les hôtels, tous sans exception et même des embouteillages dans notre petite ville ! Le soir offrandes aux Dieux, et refus des offrandes. Le devin accuse un des frères du général d'être à l'origine des décès dans la famille Gnassingbé. Trois cette année, pensé-je, et dans la foulée le frère incriminé, alité qu'il était sur son lit d'hôpital car blessé dans d'autres péripéties, se fait assassiner de 18 balles, dont une le foudroie. Chimie noire à laquelle personne ne croit - en tout cas pas moi - mais qui illustre bien les impunités de ce clan. Car aucune enquête ne sera jamais ouverte pour juger les auteurs de ce meurtre. Affaire classée ...
[...] La suite eh bien ce sont les ingérences de la France.[...]Dahuku [un opposant] n'est pas n'importe qui au Togo. C'est un réformateur, et possiblement le seul politicien correct et reconnu comme tel à l'heure actuelle avec Léopold Gnininvi éventuellement. D'ailleurs aux concertations pour le choix du candidat unique de l'opposition ils furent les deux retenus. Au deuxième tour Dahuku (nordiste) l'emporta avec 2/3 des voix. Et un des opposants, non des moindres, de se lever et dire : 38 pour le Nord ça suffit. Et de là une facilité pour Gilchrist Olympio via ses représentants d'imposer leur diktat. Un vieux, fatigué, une marionnette nommée Bob Akitani (sudiste), a été imposée comme candidat de toute l'opposition togolaise. Le discrédit lui est dévolu et on n'est même pas sûr que sa candidature soit retenue. Des raisons de santé pour le mettre hors jeu au dernier moment, et laisser ainsi le champ libre à Faure....

À regarder les actualités "Togo" sur google, il semble bien en effet que les ingérences vont bon train. On lit dans le nouvel observateur:

La préparation de l'élection présidentielle du 24 avril au Togo est entachée par les irrégularités électorales et la violence, alors que les autorités locales ont refusé que des observateurs américains forment le personnel d'encadrement du vote, selon le Département d'Etat américain.
« Nous avons relevé plusieurs cas de violence le week-end dernier et nous demandons à tous les camps de maintenir le calme pendant la période des élections », a déclaré lundi Richard Boucher, le porte-parole du Département d'Etat, le ministère des Affaires étrangères américain.

Dans "le togolais" :

Les présidentielles togolaises intéressent au plus haut degré les francs tireurs de la France officielle. Pour cette « légion étrangère » suivant l’expression de Bob DENARD, tout doit être mis en œuvre pour empêcher le choix légitime des populations de s’imposer. Du côté de Paris, le discours de la neutralité et le soutien apporté au processus électoral sous l’égide de la CEDEAO ne sont conçus que pour camoufler les opérations sous-marines pour le maintien de l’ordre ancien. Pressions diverses sur l’opposition, réactivation des cellules dormantes et retour au, premier plan des circuits parallèles, le recours aux bonnes vieilles méthodes est dans l’air du temps….

Dans "stopinfos.com" :

On peut reprocher à l’Union européenne son manque d’implication dans cette campagne. Celle-ci ayant décidé de ne pas envoyer d’observateurs internationaux pour surveiller le déroulement de l’élection afin d’assurer sa validité. Cependant, elle financera l’envoi d’une trentaine de scrutateurs de la Communauté des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedeao). Mais cette organisation est d’ores et déjà contestée par l’opposition togolaise. Seule la France a décidé d’envoyer ses propres observateurs, des parlementaires familiers du dossier togolais. Là encore, la France par ses liens d’ancienne puissance coloniale avec le Togo, manque de crédibilité auprès de l’opposition puisqu’elle fut autrefois alliée d’Eyadéma.

"Libération", le 16 avril, évoque

L'embarrassant cas Jean-Luc Mano [...] Selon plusieurs sources à Paris, cet ancien directeur de l'information de France 2 […] ferait profiter le fils Eyadéma de son expérience des médias. Or, à la tête d'une société de media training, Mano est aujourd'hui sous contrat avec les ministres de la Défense et de la Coopération Michèle Alliot-Marie et Xavier Darcos qu'il conseille personnellement..« Faure est un pote et un type prometteur, qui veut faire bouger son pays, mais ne je suis pas sous contrat avec lui » répond l'intéressé à Libération. Avant d'ajouter : « Mais s'il me demande des conseils, je les lui donne. ».

Mais globalement en France le sujet ne passionne pas les foules. Pour la plupart des médias il semble tacitement entendu que le plus important est la préservation des intérêts de la "Françafrique", mais à quel prix ? Et jusqu'à quand ?