Une nouvelle de Jean Giono est intitulée La ville des hirondelles. La ville des hirondelles, pour Jean Giono c’est Manosque :

« Dans un temps, Manosque était appelée ville des hirondelles. C'est, de tout le pays des collines, la ville qui en abrite le plus dans ses génoises. On les voit tout d'un coup surgir par milliers et on ne sait pas d'où elles viennent. Buffon dit qu'elles passent l'hiver au fond des lacs, des étangs et des rivières. »

Moi je me souviens de certain soir d’été de mon enfance, dans la plus haute pièce de la maison, où je regardais tournoyer les hirondelles. Et brusquement je pris conscience du temps passé, du temps passé à les contempler, sans presque les voir, pendant qu’elles continuaient, innombrables, leur danse dans le ciel, un ciel maintenant plus sombre. Et moi, après cette sorte de réveil, de nouveau suspendu dans l’espace, au milieu des hirondelles.

Maintenant quelquefois je guette les hirondelles, au bord de l’eau. Quelquefois elles m’ignorent souverainement, et s’éloignent de moi à tire d’aile. Quelquefois elles me taquinent, elles me frôlent. Elles se passent le relais de mon attention : celle que je suis de yeux s’enfuit, disparaît soudain, une autre à cet instant pique sur moi, puis redresse sa trajectoire, part à la verticale, à la rencontre de trois hirondelles qui fusent en bouquet, se dispersent, et pendant ce temps, bien loin, tout là haut, un essaim se rapproche…

On peut croire que les hirondelles sont noires, en fait elles sont d’un bleu profond sur le dos, leur ventre d’un délicat gris cendré.

Je dis à mon fils que "dans le temps", il y avait plus d’hirondelles que maintenant, que certainement à cause de la pollution on n’en voit plus autant sur les fils électriques. Il me répond que c’est parce que maintenant il n’y a plus autant de fils électriques.

Je n’ai jamais vu d’hirondelles à Paris.
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