ron_mueck_gros_hommeSi vous n'avez pas envie d'attendre des heures pour voir Klimt Shiele Moser Kokoshka, allez  voir de l'autre coté du Grand-Palais, une exposition immense – dans tous les sens du terme – et bien moins fréquentée, vous attend !

Une des premières pièces exposées est la stèle funéraire du grec antique Democleides, sublimement dépouillée, où on voit le défunt, à la proue de son bateau, dans l'attitude emblématique de la mélancolie : la tête penchée, lourde, soutenue par la main.

À partir de là, nous partons pour un voyage à travers le temps, un voyage dans le génie et la folie en occident…

 

Parmi les œuvres exposées, la célèbre gravure Melancolia de Dürer,

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qui sert en quelque sorte de pivot à l'exposition, qui a eu un retentissement extraordinaire, et qui a inspiré bien des artistes, par exemple Giacometti :

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( Giacometti, cube, moma, New-york )

 

Il semble que la mélancolie et sa représentation oscillent entre ces deux extrèmes, le dépouillement chaque homme porte en soi un désert – et la surabondance de signes – j'ai plus de souvenirs  que si j'avais mille ans. Une salle est consacréee à ce bazar hétéroclite : instruments de mesure, sabliers, horloges, cranes, bézoards, solides géométriques, cercueils, astrolabes… qui a hanté les rêveries de tous.

 D'autres œuvres : l'énigmatique Melancolie de Cranach : (musée d'Unterlinden, Colmar)

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Des pages du livre in 2° la fabrique du corps humain ( oui, la fabrique du corps humain, De humani corporis fabrica, libri septem ) de Vesalius :

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– ... que tout, même la mort, nous ment...
Voir l'ouvrage complet en ligne sur le site
les bibliothèques virtuelles humanistes

Une émouvante mélancolie de Corot, qui nous vient de Copenhague. La douce mélancolie...

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Fernand Khnopff, en écoutant du Schumann

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Delacroix, portrait de l'artiste en Hamlet :

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Music, le fauteuil gris :

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Des citations, aussi, parmi lesquelles Charles d'Orléans :

Escollier de Merencolye,
Des verges de Soussy batu,
Je suis à l'estude tenu,
Es derreniers jours de ma vye

 

Sigmund Freud, d'une exactitude glacée :

L'auto-tourment de la mélancolie, indubitablement riche en jouissance, signifie, tout à fait comme le phénomène correspondant de la névrose de contrainte, la satisfaction de tendances sadiques et de haine qui concernent un objet et ont, sur cette voie, subi un retournement sur la personne propre.

 

Charles Peguy :

Comme un chrétien se prépare à la mort, le moderne se prépare à la retraite. C'est une mentalité de pensionnaires et de pensionnés. Toute la question est de savoir si le monde est destiné à devenir un immense asile de vieillards.

 

 Extraits d'un entretien avec Jean Clair, commissaire de l'exposition, paru dans Le Monde :

Un autre élément en faveur de cette hypothèse d'une spécificité [de la mélancolie comme occidentale] c'est le caractère proprement occidental de la réflexion sur la technique. Celle-ci se voit dès la gravure de Dürer, qui représente les instruments de la science et de la technique, mais aussi l'angoisse de la géométrie, qui exerce son emprise sur la pensée technique : Faust dans son cabinet, saint Jérôme dans le sien sont autant de figures de la mélancolie.

Que répète-t-on à nos contemporains ? Soyez beaux, soyez positifs, soyez heureux, soyez éternels. Cette exposition tient un tout autre langage. Je crois qu'il est possible de le faire entendre aujourd'hui.

Je suis ressorti de cette exposition dans un état d'intense jubilation. Aujourd'hui nous ne sommes pas mélancoliques, nous sommes déprimés, terrorisés aussi bien par la folie que par le génie. Voilà en effet que nous sont révélés le génie du dévoilement, la folie de la création.

Galeries nationales du Grand Palais, Paris

Mélancolie – génie et folie en occident

Jusqu'au 16 janvier 2006