Personnages : la radio – une araignée – des nuages dans le ciel – l'ermite – le vin – un chat.

Décor : une cuisine-salle à manger. Au fond, une grande baie vitrée donne sur un jardin automnal. Un vieil arbre perd doucement ses feuilles, une serpillère est étendue sur un fil à linge.

L'ermite est assis à sa table, il termine de manger. On le voit de dos, il regarde le jardin.

L'araignée – elle est toute petite, on la voit à peine – coule le long du fil qu'elle à tissé dehors, tout près de la baie. Quelquefois elle passe à hauteur des yeux de l'ermite, mais le plus souvent elle semble se promener dans le ciel, avec comme toile de fond les nuages qui passent.

La radio passe du Bach, puis du Schumann. L'ermite regarde le ciel, suit distraitement le mouvement des nuages, la gymnastique de l'araignée, écoute la radio. Dans un brusque accès de mélancolie, il profère :

— pourquoi faut-il que partout dans le monde les gens s'amusent, et que je sois seul, encore, en ce week-end de la Toussaint ?

Mais le vin coule dans son corps. Schumann se fait plus tendre. L'ermite se tait, il finit son verre. Il se laisse aller, il s'en veut vaguement de penser de telles âneries, puis il oublie ses colères, il se laisse bercer par la musique, qui prend brusquement des intonations militaires…

Maintenant il fait plus clair. Les nuages continuent leur ronde, blancs dans le ciel bleu. Le chat de la voisine vient s'asseoir tout près de la baie, regarde un peu à l'intérieur, puis repart.