« Monsieur Jacques Chirac, président de la République,

qui a voulu le musée du quai Branly pour rendre justice aux arts des peuples d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques, en reconnaissant leur places essentielles au sein du patrimoine universel, et contribuer ainsi au développement nécessaire entre les cultures et les civilisations,

a inauguré ce bâtiment le 20 juin 2006.

Jean Nouvel architecte»

 
 Tout est dit. On dirait presque un aveu.
Il est temps en effet de rendre justice aux arts des peuples « d’Afrique, d’Asie, d’Océanie et des Amériques ».
Rendre justice aux peuples du monde entier, à peu de choses près.
Pour ce peu de choses, voir dans tous les autres musées, s’ils ne sont pas ethnographiques.
Voir l’art occidental, mais ce mot résonne soudain de manière bizarre.
L’occident opposé au reste de l’humanité. Ce reste de l’humanité que l’on ne peut pas nommer (voir l’appellation topographique, creuse et neutre « musée du quai Branly »),
Cet occident obsessionnel, hégémonique, pléthorique, qu’on ne peut pas définir.

Remarquez, il y a des trucs pas mal.
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Mais ici il ne s’agit pas de ça. À l’intérieur ça se présente comme un réseau de galeries obscures et chaleureuses. On pense à des sentiers tracés dans la forêt, et aussi au fonctionnement organique, secret, de nos corps, à une matrice protectrice. Dans des replis on peut s’assoir et voir les gens passer dans la pénombre.

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Les vitrines multiplient les reflets des œuvres, les reflets se mêlent aux  œuvres, aux gens, à ton reflet à toi, dans la vitrine que tu déchiffres, à la recherche de ton mystère.
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Dans des renfoncements plus obscurs encore, un éclairage parcimonieux (on a du mal à repèrer, puis lire les étiquettes ! qui d’ailleurs sont d’une exemplaire concision, se gardant bien de vous distraire de l’essentiel) laisse l’ œuvre  exposée vibrer de toute sa force. La petitesse de la salle fait que vous êtes seul, c’est vous qui vous penchez, qui allez à l’œuvre, et vous pourriez vous penser vraiment en voyage, enfin face à du vivant, à de l’inconnu.
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Vous pouvez ainsi voyager à travers toute l’Afrique, un voyage express, mais épuisant et pourtant frustrant. Passé le Maghreb – pas si lointain – on pénètre aussitôt dans l’inconnu, et vous parcourez des lieux mystérieux et prestigieux et familiers et oubliés : la falaise de Bandiagara, la boucle du Niger, le plateau du Bihé… Et puis le voyage est déjà fini, et vous n’avez rien vu…

Notre ignorance est immense.

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On se retrouve soudain face à face avec l’inconnu.
Et l’inconnu pour nous maintenant c’est la naissance l’homme et la femme la mort et aussi la guerre le sacrifice et le don et le partage
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Une exposition temporaire est là pour vous rappeler à l’ordre. Anne Noble, une néo-zélandaise, vous ramène à la triste réalité de ce qu’est souvent l’art contemporain, faut-il dire l’art occidental ?

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Et puis une autre exposition, les premiers daguérréotypes de personnages africains. Le regard, scientifique et colonial, posé froidement sur l’infinie tristesse du colonisé.

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«Les philosophes : Le Monde n’a pas d’age. L’humanité se déplace, simplement. Vous êtes en Occident, mais libre d’habiter dans votre Orient, quelque ancien qu’il vous le faille, — et d’y habiter bien. Ne soyez pas un vaincu. Philosophes, vous êtes de votre Occident.»
Arthur Rimbaud, une saison en enfer.


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