24 mars 2008
Casse-toi alors pauvre con, et bienvenue chez les ch’tis !
La même semaine, c'était il y a quelques semaines,
notre bienaimé président immortalisait cette maxime du rejet
et du mépris de l’autre (23 février),
et le film de Dany Boon, éloge de l’accueil et de la chaleur
humaine, rencontrait dès sa sortie (20 février) un succès fulgurant et
inattendu.
Inattendu comme le fut d’ailleurs le retentissement du dernier « dérapage » de notre bienaimé président. Car le scandale éclate enfin, et tout le monde prend conscience de la vraie nature de notre bienaimé président : l’appétit à rejeter, à opposer, à susciter et faire monter les tensions, susciter les haines et les rivalités.
Il semble qu’à ce jeu là il se soit fait prendre au piège. À
son tour il est moqué, méprisé, ostracisé. Il essaie de prendre de la hauteur,
il se met en scène dans la solitude du plateau de Glières, hélas il trébuche,
et ce faux pas est cruellement souligné par la télévision d’état !
Notre bienaimé président n’a pas d’affections humaines ; il tente de donner le change ; il ne comprend pas ce qui lui arrive. Le casse toi pauvre con revient sur lui …
Pendant ce temps là nous découvrons le message inverse dans le film de Dany Boon, un film faussement simple, faussement régionaliste, et qui ne se résume pas aux quelques scènes d’anthologie choisies pour la promotion.
Le film joue habilement sur les clichés et contre-clichés qu’on peut avoir sur le pays des ch’tis. Ils sont accueillants et chaleureux, certes, et le film sacrifie assez rapidement à cette vision convenue, comme pour mieux s’en débarrasser. Mais il montre aussi, avec pudeur, mais aussi avec une certaine exactitude, une réalité plus rude : alcoolisme, violence, isolement.
Le fonctionnaire des postes muté dans ch’nord (Kad Merad) essaie de dire à sa femme (Zoé Felix) que ça se passe bien, que les gens sont sympas. Mais cette vérité est proprement inaudible, et il se résout à lui réciter la seule chose qu’elle veuille bien entendre, le cliché d’un nord misérabiliste.
Ce cliché se trouve exactement mis en scène à l’intérieur du
film, dans une mascarade tout à fait étonnante. Cette mise en abîme ne va pas
sans créer un certain malaise ; ce n’est pas vraiment drôle ; c’est
comme si une vérité était alors possiblement dévoilée.
Par cette mascarade en tout cas les ch’tis vont permettre au couple « du sud » de sortir de leurs mensonges et de se retrouver.
Alors que Kad Merad prescrira à Dany Boon de désirer sa fiancée plutôt que sa mère.
Dany Boon, facteur alcoolique, tout près de ciel, et qui carillonne à tout va, transfiguré, puis encoléré, puis enamouré, délivré.
Et pendant ce temps là notre président bien aimé semble s’être
calmé. Mais la cour du Roi continue de donner le même spectacle désolant des
passions les plus vulgaires : au milieu des sourires convenus, le froid
entre Veil et Bruni. Bruni allume Peres avec l’apparente bénédiction de NPBA.
Le même PBA dévore des yeux Rafaeli, un autre mannequin… Bruni et Dati
rivalisent de vulgarité.



Il faudrait parler aussi de cette interview ou Elkabbach flingue en direct Dati.
Dany Boon nous dit ce qu’on peut sauver – ce qu’on doit sauver – des relations sociales « dans ce pays ».
09 mars 2008
amour des mathématiques
« Il lui fallait un calme à l’intérieur du cœur, où les sons
extérieurs n’arrivaient pas.
Lorsqu’il résolvait les problèmes des revues mathématiques,
qu’il les recopiait au propre ou les relisait une dernière fois avant de les poster,
le professeur murmurait très souvent, satisfait des réponses auxquelles il
était parvenu :
— Ah, quel calme.
Quand il avait trouvé la bonne réponse, il ne se sentait pas
joyeux ni libéré, mais calme. C’était un état issu de la certitude que les choses
étaient à leur place, qu’il n’avait plus à se soucier d’ajouter un timbre ni de
gommer, qu’elles allaient rester ainsi éternellement, comme elles l’avaient
toujours été. Le professeur aimait cela.
Par conséquent, que ce soit calme était également son plus
grand compliment. De bonne humeur, il me regardait souvent de la table en train
de fair la cuisine, et quand je préparais des ravioles chinoises, il
m’observait d’un air particulièrement étonné. J’étalais un disque de pâte fine
sur ma paume, posais dessus la farce et refermauis le petit chausson en formant
quatre plis avant de le placer à coté des autres sur une assiette. Il ne
quittait pas des yeux cette banale répétition, sans se lasser, jusqu’au
dernier. Il était tellement sérieux, laissant même parfois échapper un soupir
d’admiration, que cela me chatouillait bizarrement, si bien que je devais me
forcer pour ne pas rire.
Voilà, c’est fait, disais-je en soulevant l’assiette de
ravioles bien rangées, et c’est alors que, les bras croisés sur la table, le
professeur disait en hochant la tête d’un air pénétré :
— Aah, comme c’est calme. »
Yoko Ogawa, La formule préférée du professeur, ed. Babel.
Le binôme de Newton est aussi beau que la Vénus de Milo.
Le fait est qu’il y a bien peu de gens pour s’en aviser.
Ôôôô-ôôôôôô… ôôôôôôô ôôôôôôôô
(le vent là dehors)
Dans la loi faible des grands nombres, il y a aussi une beauté que bien peu ne soupçonnent, hélas, et qui est pourtant une beauté significative, une beauté utile et mystérieuse.
Regardez le petit « n » qui s’est installé bien discrètement, sans faire de bruit, tout au bout de la formule. On dirait qu’il est là presque par hasard, par inadvertance.
Et pourtant c’est lui qui nous assure que notre monde est à peu près vivable, qu’il n’est pas entièrement soumis à l’arbitraire, au montrueux.
Ce petit «
n », c’est le grand
nombre de la loi faible des grands nombres. En devenant très grand, il pousse l’incertitude
du jugement humain vers 0, le contingent vers l’absolu, le provisoire vers l’éternel,
il dévoile le mathématique, trame du réel.
Les travaux et les jours ne sont peut-être pas inutiles, au fond.
Comme hier, comme demain, le jour se lève.
C’est calme.

