26 mai 2008
louise bourgeois
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Cellules : parcours dangereux.
Le voici, le grenier de mon enfance.
Dans le grenier de mon enfance aussi il y avait des ossements, je crois même qu'il y avait tout un squelette - ou un demi-squelette. Il y avait de grandes armoires remplies de papiers, de journaux. Moi je m'étais arrangé une niche dans un placard, je tenais juste accroupi dans cet espace intime et rassurant. Quelquefois mon frère s'installait de l'autre coté, lui il lisait je crois, moi je suçais mon pouce.
Dans le grenier de mon enfance aussi il y avait de vieux sommiers métalliques, poussiéreux et défoncés, des livres défraichis, des globes de verre, des bonbonnes renflées.
Dans le grenier (« passage dangereux ») de Louise Bourgeois il y a en plus trois petits sièges et un autre un peu plus grand, en cercle ils font un ronde, ils se tiennent compagnie. Il y a aussi des chaises défoncées suspendues au plafond.
Et cet espace du rêve et de l'enfance est impitoyablement délimité et défini par des grillages, qui m' interdisent tout accès physique mais m'ouvre les yeux sur l'importance et la fragilité de la mise en scène. Jamais bien sûr je ne pourrai retourner dans le passé, le sien pas plus que le mien.
« Le passé est guillotiné par le présent. »
« Les gens se guillotinent à l'intérieur d'une famille. »
Le grillage est là, entre le présent et le passé, entre l'artiste et moi, entre la rêverie et l'accomplissement. Des renfoncements sont aménagés, je peux m'avancer un peu plus, je suis presque dans cet espace magique, et peut-être maintenant est-ce moi qui suis enfermé et de l'autre coté il y a la liberté intérieure.
Cellules : Red Room (child) ; Red Room (parents).
Rien n'a changé non plus dans la chambres des parents. Celle-ci est plus réelle que n'importe quelle chambre de la réalité. Elle scintille, elle vibre des mystères révélés, des étreintes charnelles, de la lutte spirituelle, de la menace du silence et du temps qui passe. La malédiction et le miracle de l'incarnation, de l'organique, du sang et de la passion, de la mort qui menace mais qui est aussi comme une amie.
Et pourtant l'espace est calme, religieux. Des tentures, des objets mystérieux, des coffrets, des « tables de nuit ».
« private ». Le bois éraflé, la peinture écaillée, à l'extérieur. L'approche en spirale. À l'extérieur, mais aussi au centre, dans le miroir.
Dans la chambre de l'enfant, il y a des mains qui s'étreignent follement. Et aussi une lampe à pétrole, rouge, d'un modèle commun.
Femmes-maisons
« j'ai découvert en 1990 que les femmes-maisons étaient des maison vides...
Quand je collecte des maisons vides, je me prouve à moi-même que dans toutes ces maisons personne ne se dispute. C'est ce que j'appelle la zizanie.
Ces gens qui se disputent c'est quelque chose de traumatique. J'ai très peur des scènes, et j'ai surtout peur des scènes, pas entre moi et quelqu'un d'autre, mais j'ai peur des scènes entre deux autres personnes. »
..........
Un sexe masculin je ne savais pas que ça pouvait être comme ça, que ça pouvait être ... représenté comme ça....
Tout rond, « endormi », (sleep), comme joufflu. Une espèce de mécanique repliée sur elle-même, un ressort comprimé ?
Ou alors une « fillette » ridée, ridicule, pas vraiment photogénique, parcourue de plis et de replis, repoussante, attachante, organique, dénudée, naïve, bouleversante. Féminine ?

(La fillette, dans les bras de Louise bourgeois, photographiée par Robert Mapplethorpe, 1985.)
« Je trouve que c'est un objet gentil... »
« Je ne savais pas que les hommes étaient vulnérables... »
Ils sont sept, mais il y a 10 têtes ; 3 personnages sont bicéphales : 3 + 4 = 7, et 3 x 2 + 4 = 10. Il y a des hommes, des femmes. Tous ont l'air heureux.
« Nous sommes fragiles, et nous souffrons d'être fragiles. »
« Ce que je voulais ressusciter, c'était le droit, le droit d'être malheureuse, le droit d'être en deuil (de la France). »
« Introduire des visiteurs dans des maisons vides. »
Les citations sont extraites du film de Camille Guichard « Louise Bourgeois », Arte video.
Centre Pompidou, jusq'au 2 juin. Plus qu'une semaine...
05 mai 2008
rue popincourt
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Rue Popincourt, dans le 11ème arrondissement de Paris.
Un panneau de l'histoire de Paris, à l'entrée de la rue, nous dit tout ce qu'il faut savoir:
La rue doit donc son nom à « Jean de Popincourt, premier Président du Parlement, qui possédait ici un manoir. Plusieurs maisons furent construites ici, elles formèrent un petit hameau baptisée Popincourt ».
On imagine les maisons blotties autour du manoir. Et autour, des forêts, des marécages, des chemins mal entretenus ?
Après il y a un temple, les gens s'embrassent, ils ont le droit de partager une nouvelle foi, de sortir de l'ornière de l'obéissance et de la dévotion aux puissants. Mais cela ne dure pas, un an après le temple est détruit, la communauté dispersée, les flammes longuement torturent la nuit.
Les années passent, les couvent des soeurs Annonciades étend son emprise sur un territoire chaque jour plus important. Ses murs protègent, mais aussi ils excluent ; des pauvres sont secourus, d'autres sont chassés. Toutes les courroies du pouvoir se mettent en place. Pouvoir temporel, pouvoir spirituel. Une formidable activité, un vrai business, sur plus de 8 hectares.
Après on ne sait plus ce qui se passe, jusqu'à l'édification de l'improbable «nouvelle Église St-Ambroise», dont on voit les clochers depuis la rue Popincourt.
On ne sait pas comment le quartier autour de la rue Popincourt est devenu ce qu'il est : des ruelles, des impasses, des passages, des « cités », des « villas » ....
...cachent et protègent un peuple industrieux et discret, des coins de verdure, des silences, des tintements d'horloge.
Peut-être les lieux se souviennent-ils de l'ancien temple, des maisons blotties autour du manoir, des couloirs du couvent, du bruissement des robes des soeurs...
Et puis les affiches recouvrent les affiches, les maisons anciennes s'effondrent, d'autres surgissent de terre et de l'appétit des hommes.
D'une ancienne chronique, Pierre Michon, dans son livre Abbés, rapporte ce vers :




















