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Une journée du patrimoine, septembre 2008, à Amiens.

Quartier Sainte Anne. Le conférencier n’est pas très aimable, plutôt pressé, pas très pédagogue quoi. Pourtant il explique des choses intéressantes.
Nous sommes dans le nord de la France, les maisons sont en briques… Le long coté de la brique s’appelle la panneresse, le coté court la boutisse. La disposition des briques s’appelle l’appareillage, et on distingue l’appareillage anglais : on alterne une rangée de boutisses, une rangée de panneresses :

 

appareillage_anglais

Plus rare et plus attrayant : l’appareillage flamand : dans chaque rangée, on alterne boutisse et panneresse :

appareillage_flamand

Les constructions plus récentes sont dévolues à un appareillage plus commun (l’appareillage français ?), l’appareillage en panneresses, bien monotone :

appareillage_en_panneresse

Question de rentabilité, probablement.

Une campagne de ravalement a fait ressurgir la diversité des façades des maisons amiénoises, leur a donné un coup de jeune. À droite, une façade ravalée. La brique est mise à nu, les joints sont beurrés (pour rattraper l’irrégularité de la brique), à gauche les briques et les joints sont peints :

joints_beurr_s_joints_peints

Plus rare et plus fragile, le joint en saillie. Difficile de trouver un artisan qui sache encore le faire :

joints_en_saillie

Le quartier est calme maintenant, peut-être était-il plus animé dans le temps, en tout cas on décèle l’existence d’anciens commerces sur d’assez nombreuses façades :

ancien_commerce


Quartier Saint Acheul. Le conférencier est un architecte de la ville, beaucoup plus enthousiaste.
Il y a eu trois principales campagnes de construction de maisons amiénoises… Des promoteurs achetaient des lots et construisaient sur ces lots des maisons toutes semblables. Puis le temps fait son œuvre, les maisons sont diversement entretenues, aménagées, elles prennent chacune leur patine , leur personnalité :

fa_ades_amienoises

Sur le boulevard de Pont-Noyelles, les maisons se font plus cossues, le décor est plus riche, mais on garde l’idée générale de la maison amiénoise :

maison_amienoise_boulevard

Sauf des façades d’inspiration arts-déco, il n’y pas de style bien défini ; on parle de style éclectique… :

maison_amienoise_style_eclectique

Une des personnes qui suit la conférence parle d’un magasin, Au bonheur des dames, aujourd’hui disparu. Je m’en souviens, il était au bas du boulevard, maintenant il y a une banque. Mais lui parle d’un temps plus ancien, où ce magasin aurait été un peu plus haut sur le boulevard...

 

En des temps encore plus anciens, la ville, plus petite, était protégée par des fortifications. Il en reste des traces : la rue du fossé, la rue de la contrescarpe, et cette bizarre place, qui sert de parking, la trace d’une ancienne redoute redoute :

amiens_ancienne_redoute

Quartier Saint-Acheul et quartier Sainte-Anne sont les résultats d’une politique d’urbanisme cohérente et bien suivie dans le temps. Cela leur donne un aspect homogène, quelquefois monotone. De grands axes de circulation immémoriaux tranchent littéralement dans cette uniformité : la rue Jules Barni par exemple mélange de modestes maisons d’employés, d’ouvriers agricoles, des masures, des maisons de maitre, des entrepôts, d’anciennes petites fabriques :

amiens_rue_jules_barni_1

amiens_rue_jules_barni_2

Des générations d’humains ont moulé, puis posé des briques par ici. Ils ont monté des murs, puis se sont réfugié derrière. Quelquefois on voit un mur qui tente de retourner à l’état sauvage :

mur_sauvage

Ceux qui ont élevé ces murs maintenant ils sont morts. Mais nous, nous maintenons, nous nous souvenons. Nous vivons parmi eux, parmi la cohorte des morts oubliés, auxquels nous succédons, et que nous rejoindrons. Dans les journées du patrimoine ou dans des promenades mélancoliques, nous leur rendons un hommage maladroit, nous les maintenons en vie, nous nous imprégnons de leur présence mystérieuse.