18 novembre 2008
les journées du patrimoine, et la vie éternelle
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Une journée du patrimoine, septembre 2008, à Amiens.
Quartier Sainte Anne. Le conférencier n’est pas très aimable, plutôt pressé, pas très pédagogue quoi. Pourtant il explique des choses intéressantes.
Nous sommes dans le nord de la France, les maisons sont en briques… Le long coté de la brique s’appelle la panneresse, le coté court la boutisse. La disposition des briques s’appelle l’appareillage, et on distingue l’appareillage anglais : on alterne une rangée de boutisses, une rangée de panneresses :
Plus rare et plus attrayant : l’appareillage flamand : dans chaque rangée, on alterne boutisse et panneresse :
Les constructions plus récentes sont dévolues à un appareillage plus commun (l’appareillage français ?), l’appareillage en panneresses, bien monotone :
Question de rentabilité, probablement.
Une campagne de ravalement a fait ressurgir la diversité des façades des maisons amiénoises, leur a donné un coup de jeune. À droite, une façade ravalée. La brique est mise à nu, les joints sont beurrés (pour rattraper l’irrégularité de la brique), à gauche les briques et les joints sont peints :
Plus rare et plus fragile, le joint en saillie. Difficile de trouver un artisan qui sache encore le faire :
Le quartier est calme maintenant, peut-être était-il plus animé dans le temps, en tout cas on décèle l’existence d’anciens commerces sur d’assez nombreuses façades :
Quartier Saint Acheul. Le conférencier est un architecte de la ville, beaucoup plus enthousiaste.
Il y a eu trois principales campagnes de construction de maisons amiénoises… Des promoteurs achetaient des lots et construisaient sur ces lots des maisons toutes semblables. Puis le temps fait son œuvre, les maisons sont diversement entretenues, aménagées, elles prennent chacune leur patine , leur personnalité :
Sur le boulevard de Pont-Noyelles, les maisons se font plus cossues, le décor est plus riche, mais on garde l’idée générale de la maison amiénoise :
Sauf des façades d’inspiration arts-déco, il n’y pas de style bien défini ; on parle de style éclectique… :
Une des personnes qui suit la conférence parle d’un magasin, Au bonheur des dames, aujourd’hui disparu. Je m’en souviens, il était au bas du boulevard, maintenant il y a une banque. Mais lui parle d’un temps plus ancien, où ce magasin aurait été un peu plus haut sur le boulevard...
En des temps encore plus anciens, la ville, plus petite, était protégée par des fortifications. Il en reste des traces : la rue du fossé, la rue de la contrescarpe, et cette bizarre place, qui sert de parking, la trace d’une ancienne redoute redoute :
Quartier Saint-Acheul et quartier Sainte-Anne sont les résultats d’une politique d’urbanisme cohérente et bien suivie dans le temps. Cela leur donne un aspect homogène, quelquefois monotone. De grands axes de circulation immémoriaux tranchent littéralement dans cette uniformité : la rue Jules Barni par exemple mélange de modestes maisons d’employés, d’ouvriers agricoles, des masures, des maisons de maitre, des entrepôts, d’anciennes petites fabriques :
Des générations d’humains ont moulé, puis posé des briques par ici. Ils ont monté des murs, puis se sont réfugié derrière. Quelquefois on voit un mur qui tente de retourner à l’état sauvage :
Ceux qui ont élevé ces murs maintenant ils sont morts. Mais nous, nous maintenons, nous nous souvenons. Nous vivons parmi eux, parmi la cohorte des morts oubliés, auxquels nous succédons, et que nous rejoindrons. Dans les journées du patrimoine ou dans des promenades mélancoliques, nous leur rendons un hommage maladroit, nous les maintenons en vie, nous nous imprégnons de leur présence mystérieuse.
10 novembre 2008
« l’arbre de vie », séraphine de senlis

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Il s’agit bien de cela, oui. Il s’agit de la naissance de la vie, son surgissement, son fonctionnement intime. Les mitochondries, les cellules palpitent, les sèves circulent. Le foisonnement, la fécondation, l’ovule.
En bas c’est le fond de la mer. Des animalcules, des brins d’algue vibrionnent dans la lumière qui vient d’en haut, ils sont secoués agités par les remous de l’océan, et puis ça s’organise, une colonne se dresse, elle tourne sur elle-même, ça s’élève, ça s’arrache du fond obscur et ça surgit dans la lumière blanche :
sur fond blanc en demi-lune coupée, au centre du tableau, il y a ce fonctionnement obstiné, peut-être le mouvement obscur que nous sentons dans nos entrailles, ou la circulation de l’air dans les alvéoles de la cage thoracique, mais la cage a éclaté, il y a la joie secrète et éclatante de la floraison, et la lourdeur des fruits mûrs, grenades, iris, bleuets, cassis et grappes bleues, les simples et les ignorés, la feuille morte qu’on foule sur le chemin, les poulpes et les pieuvres, l’inflorescence, le cablage, le réseau…
Là haut ça grimpe, ça s’étend ça explore le ciel, ça s’installe.
On a surgi de la mer, il s’agit maintenant de s’inscrire dans le ciel, tournoyer dans l’azur, s’élancer vers des galaxies lointaines et si proches et si semblables cependant. On les voit ces galaxies, maintenant ce sont elles qui tournoient dans le ciel, il faudrait mieux dire derrière le ciel, car ce n’est plus ici, ce n’est plus sur terre, le mouvement est maintenant lointain , estompé…
Mais, assez de ces verbiages. Paix, calme, silence. Je contemple une autre toile, et ce n’est rien, c’est comme de contempler rêveusement un bouquet de fleurs, dans un intérieur bien confortable, ou bien alors sortir dans le froid de la saison, et regarder et écouter un arbre qui bruisse doucement dans la grise lumière d’un après midi suspendu. Séraphine est là, c’est son jour de congé. Tout le monde la prend pour un folle, ou une simple d’esprit. Elle est comme ses toiles.
Ici l’esprit souffle doucement. Les fruits d’or sont lourds, sur leur fond profond de feuilles dentelées. L’esprit du créateur est immense, à vrai dire sa fantaisie n’a pas de limite, et l’œil de Séraphine regarde amusé ce déploiement que tout le monde oublie.
Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis.
Une expo au musée Maillol, à Paris, jusqu'au 5 janvier. 18 œuvres en tout. Beaucoup viennent du musée d'art et d'archéologie de Senlis.
Un beau film de Martin Provost, avec Yolande Moreau.
Dans le site de la dormeuse, on peut lire l'article affamées, qui met en parallèle les destins tragiques de Camille Claudel et Séraphine Louis.
















