Le 8 juillet 2010, M Carmignac, du cabinet Carmignac gestion, 24 place Vendôme, etc, commettait ce communiqué dans le journal «  Le Monde ». À lire et à savourer in extenso :

«

Madame, Monsieur,

« Eh bien, dansez maintenant ! » Nos gouvernants ont-ils encore en mémoire le refus de la fourmi de prêter à la cigale qui, « ayant chanté tout l’été, se trouva fort dépourvue quand la bise fut venue » ?

La contagion de la crise grecque à nombre de signatures d’état européennes devrait pourtant faire l’effet d’une puissante piqûre de rappel. Désormais, les épargnants n’exemptent plus la dette souveraine du risque de défaut, poussant les États à mener des politiques économiquement responsables.

Aussi incombe-t-til à nos gouvernants la lourde tâche de rendre socialement acceptable les ajustements nécessaires. Le coup d’arrêt à l’endettement public est porteur d’avenir. Il met un terme au creusement de la principale inégalité affectant nos nations vieillissantes, l’inégalité intergénérationnelle. Il nous appartient de régler les factures de nos excès, et non à nos enfants et petits-enfants. Papys-boomers nantis que nous sommes, nous nous devons d’accepter des réformes ambitieuses, tant sur le régime des retraites que sur la réglementation du travail, qui pérennise des avantages acquis de nature souvent contestable.

Quid des marchés boursiers ? Fragilisés par le tensions sur la dette européenne et l’inévitable ralentissement en cours de l’économie américaine, ils craignent en ce début d’été le retour à une recession mondiale. Nous en doutons. Certes, tant l’Europe que les Etats-Unis disposent d’une marge de manœuvre réduite en ce matière de stimulation fiscale et monétaire pour contrecarrer les effets durables de la réduction de l’effet de levier en marche. Cependant, il serait léger, une fois encore, d’oublier que le centre de gravité de la croissance mondiale est devenu l’univers émergent, dont les principales locomotives disposent de ressources amplement suffisantes pour relancer l’activité globale, si le besoin s’en faisait sentir.

En vous souhaitant de danser au cours de vos vacances à un pas le moins saccadé possible, je vous prie d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de ma considération choisie.

 Édouard Carmignac

»

 

Face à un tel déferlement de mépris, je ne sais que faire, sinon publier cette réponse, dans mon modeste blog, réanimé à cette occasion :

 

 

 

Monsieur Carmignac,

Je dois dire que je n’ai pas du tout apprécié votre « communiqué » paru en pleine page du « Monde » au 9 juillet 2010.

Vous donnez votre avis sur la réforme en cours des retraites, soit. Nous sommes en démocratie, chaque citoyen a le droit de s’exprimer.

Le problème est que ce n’est pas le citoyen qui s’exprime, mais Édouard Carmignac, du cabinet Carmignac gestion, société de gestion de portefeuille, apprend-on en bas de page.

C’est quoi, la gestion de portefeuille ? À vrai dire, ce n’est rien. Ça ne produit rien. Vous ne produisez rien, M Carmignac, votre contribution à la richesse réelle du pays est nulle. Votre métier consiste à faire que les gens qui ont de l’argent aient encore plus d’argent, sans rien faire. Vous, vous gagnez de l’argent en faisant ce métier. Et vous pensez visiblement que ce métier, cette situation, vous autorise à donner votre avis sur une question qui concerne chacun d’entre nous ; que vous avez légitimité à donner votre opinion comminatoire sur nos « excès », « papy-boomers nantis que nous sommes », qui avons « des avantages acquis de nature souvent contestable ».

Je conteste cette légitimité. Il semble qu’il soit pour le moins « excessif » de se payer une pleine page du « Monde » pour nous faire part de vos états d’âme. Je vous imagine assez bien la soixantaine élégante, costume sombre, imposante berline aux vitres teintées, bel appartement dans un beau quartier de Paris, belle femme, belles fréquentations, bref, « papy boomer nanti » plus qu’il n’est nécessaire, plus que les « Madame, Monsieur » auxquels vous vous adressez, et qui, eux, produisent des richesses, et en tirent un salaire qui ne leur permettra pas, en tant qu’ « épargnants », d’« exempter la dette souveraine du risque de défaut ». Quel langage !

Enfin, nous voyons bien à qui nous avons affaire. Les « épargnants », espèce mystérieuse, néanmoins toute puissante si on veut vous en croire. Par votre intermédiaire, les épargnants donnent une leçon de morale aux prolétaires (quel autre mot pour désigner celui qui ne dispose que de sa force de travail pour gagner sa vie ?), la fourmi à la cigale... Morale et culpabilisation, puis l’évocation habituelle aux « marchés boursiers », dont on apprend qu’ils sont aujourd’hui « fragilisés », les pauvres, et qu’ils « craignent », ces chers petits... Que craignent-ils, au juste ? C’est assez obscur, il s’agit à un moment donné de la « réduction de l’effet de levier en marche »... Fort heureusement, l’ « univers émergent », etc... Quelle bouillie ! Quel galimatias !

Monsieur Carmignac, je récuse vos analyses fumeuses, vos incantations appelant aux sacrifices, votre demande de régression généralisée (en particulier, et textuellement, sur la réglementation du travail), qui devraient épargner, bien sûr, la race sacrée des épargnants ! Et pourquoi on ne leur demanderait pas aussi quelques sacrifices, à ces chers petits ?

Vous terminez en nous demandant d’agréer l’expression de votre considération « choisie ». Ce mot me laisse rêveur. Je pense que vous avez choisi cette considération que vous nous octroyez dans l’arrière-cour, les rayons en solde, le vrac réservé au tout-venant. Votre considération la meilleure, vous la réservez clairement à d’autres personnes, d’autres richesses, d’autres intérêts, d’autres puissances.

De mon coté, permettez moi de vous remercier, oui, quand vous nous livrez, phraséologie comprise, cet échantillon brut et sans fioritures de l’idéologie dominante.