Vous je ne sais pas mais dans la vie j’essaie d’être sympa avec les gens qui m’entourent (je dis bien j’essaie, hein ! ), et puis je m’intéresse plutôt aux gens sympas, cools, tout ce que vous voulez, des qui ne la ramènent pas trop, enfin bon tout ça me parait normal et banal.

Sauf que.

À en croire la lecture du « Monde magazine » du 17/7/2010 (le supplément week-end du Monde), eh bien ce genre d’attitude est du dernier ringard, c’est has been, c’est out. Les gens auxquels il faut s’intéresser ce sont genre les requins de la finance, les grosses fortunes baties sur l’arnaque, et si c’est des gens plus ordinaires on s’applique par tous les moyens à les rendre tout à fait antipathiques, cons, odieux, avec les meilleures intentions du monde évidemment.

Exemple du type parfaitement odieux et sur lequel on nous somme de nous extasier : celui qui fait la  couverture : « Sheldon Adelson − l’empereur des casinos − rencontre exclusive »

lemonde_mag_adelson

 

Phrases choisies dans le panégyrique :

un homme « dur en affaire, très dur... déraisonnablement dur » ...

le plus grand hôtel du monde, avec 2000 suites...

Très proche du clan Bush, Adelon a mal supporté l’élection d’Obama...

l’Amérique n’est plus à l’échelle de ses ambitions...

Les dirigeants chinois sont impressionnés...

Il récupère sa mise en dix mois seulement...

Adelson décide alors de construire à Macao le plus grand casino du monde...

Le batiment est saisissant de beauté...

Un milliard pour ne pas faillir. Un milliard pour garder sa réputation d’invincibilité...

 

Passons. Les gens ordinaires maintenant. Par exemple les anglais qui s’installent dans le Périgord. A priori des gens très bien, la démarche est sympathique, rien à signaler. Et bien voilà comment le Monde magazine présente les personnes en question (photos de Rip Hopkins) :

 

anglais_perigord_1

 anglais_perigord_2

 anglais_perigord_3

 Bon, il parait que ces images sont : « follement drôles. Et rassurantes aussi, tant elles confirment nos idées sur les "anglais" ». Moi je les trouve simplement grotesques – les images, la mise en scène, pas les gens eux-même − mais je n'ai aucun humour, d'un seul coup. N'oublions pas qu'il s'agit d'un exercice de détestation...

D'autres personnes offertes à notre vindicte, à notre aigreur :

les lauréats du concours général :

 

concours_general_1

 

Ceux là aussi sont bien dans la caricature, et je ne sais si ce sont eux qu'il faut détester, ou cette mise en scène, ou ce choix de l'illustration...

 

Et puis les "décroissants", avec cette photo

 decroissants

 qui accumule les poncifs attendus : le vélo avec la salade dans le porte-bagages, le jardin aux herbes folles – un jardin à Marseille, tout de même – la pose pas vraiment abandonnée, on pourrait parler d'abandon militant, del a jeune décroissante dans son uniforme rigoriste de décroissante .

Notez, j'ai rien contre les décroissants, hein (« moins de conso, plus d’éthique – la belle vie des décroissants » : quelle présentation !), mais suivre Christophe, qui « fait son compost, se chauffe avec un poële à bois, récupère l’eau de la machine à laver pour arroser », fabriquer sa lessive avec de la cendre de bois, se brosser les dents avec de l’argile verte, etc, merci, mais non merci.

 

Bon, au Monde magazine, je pense qu’ils ont un faible pour les antipathiques ; et les sympas, ils aiment les rendre antipathiques. Dans l’édito, on lit ça, à propos de la livraison précédente : « ne fallait-il pas donner la parole à Philippe Val et aux membres de l’équipe qui avaient une autre vision des choses que celle qui se déploie sur les forums internet ? » C’est vrai, quoi, si les censeurs aux ordres ne peuvent pas s’exprimer, où va-t-on !

Philippe Val, encore un antipathique, très bien mis en valeur sur la couverture de ce précédent numéro :

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Edifiant.

Je vous avais prévenu, c’était un exercice de détestation !