12 octobre 2008
Deux autres exercices de méditation estivale
et balnéaire.
Oui je sais pour cette année c’est trop tard. Peut-être l’été de la Saint Martin pour certains d’entre nous ?
Premier exercice.
Matériel nécessaire : une houle légère et régulière, un maillot de bain.
Vous nagez le long de la grève, là où il y a peu de fond, à l’endroit juste, avant que les gentilles vagues ne se brisent (on ne peut pas dire qu’elles déferlent, ni qu’elles se brisent d’ailleurs…).
Votre attention est fixée sur votre mouvement, votre direction, le souci de ne pas se retrouver sur le sable, la difficulté de nager en eau peu profonde.
Soudain une vague vous soulève, vous tire doucement vers le large, accomplit avec vous son cercle et vous repose.
Pendant un instant vous avez été ailleurs, le monde vous a porté, vous a bercé, et ce bercement s’est mélangé à tous vos mouvements, à ce mouvement volontaire de la nage, aux mouvements divers de votre esprit.
C’est presque rien, c’est ineffable, c’est un moment suspendu, c’est un instant de pure jouissance.
Et puis plus rien, vous vous retrouvez à nager, les vagues passent au dessus de vous comme d’habitude.
Vous cherchez à retrouver cette sensation. Non, elle ne vient pas.
Et puis de nouveau elle est là. Le temps d’une vague… de deux vagues… C’est tellement fragile, ça ne tient à rien, ça tient à votre oubli de votre volonté, oubli des discours, c’est une pure sensation, c’est être dans le monde, pour un instant, pour cet instant seulement.
Deuxième exercice.
Matériel nécessaire : une plage dans la lumière du matin, pas surpeuplée, pas déserte non plus.
Dans la lumière du matin
ou du soir
Vous êtes bien. Vous vous sentez bien. Vous prenez conscience que les gens autour de vous aussi sont bien, se sentent bien. Vous les observez. Et eux, bien sûr, ils vous observent aussi. Vous n’y avez jamais pensé, enfin si, peut-être, sûrement même, mais c’est comme une idée nouvelle qui vous vient.
Et puis quelquefois une sorte de miracle se produit. Sur cette plage qui est comme une scène de théâtre, où chacun est sous le regard des autres, et le sait, il arrive que tous ces acteurs improvisés, nous tous abandonnions toute idée de représentation, de duplicité, de tromperie.
Tout le monde se laisse aller à la douceur de l’instant. La mer déverse ses ions négatifs et ses embruns sur vous, sur tous. Une espèce d’ivresse flotte dans l’air.
Les gens ont des comportements bizarres, finalement : celui-ci, peut-être un chef d’entreprise, est assis au bord de l’eau, il construit un maladroit château de sable avec ses mains. Cette dame respectable marche dans au bord de l’eau, les mains derrière le dos, elle inspecte avec beaucoup de sérieux le clapotis des vagues. Une famille met un temps infini à plier ses affaires pour partir, tous leurs gestes sont au ralenti, comme suspendus dans une éternité provisoire. Deux jeunes amoureux sont allongés l’un à coté de l’autre, lui caresse l’épaule de sa fiancée, avec distraction, avec insistance, dans un geste anodin et hypnotique. Des regards fortuits s’échangent. Des sourires
Ça aussi bien sûr c’est fragile, ça tient à rien. Après tout le monde fait semblant d’oublier, tout le monde reprend ses oripeaux.
30 septembre 2008
exercice de méditation estivale...
... et balnéaire. Pour cette année c'est peut-être un peu tard, mais l'année prochaine, oui, pourquoi pas ?
Matériel nécessaire : une plage, un coucher de soleil, des mouettes.
Attendre que la plage se dépeuple, au fur et à mesure que le soleil décline. La lumière devient de plus en plus belle, bizarrement c’est l’heure où les vacanciers s’en vont, préférant sans doute les beautés de l’apéritif ?
La plage est maintenant silencieuse, peut-être recueillie, et la lumière va déployer ses beautés et son histoire, faites confiance aux mouettes pour vous les enseigner.
Il suffit de les suivre dans leur vol : celle-ci, qui se détache de la
colline, puis dessine une courbe gauche et parfaite dans le ciel lumineux du
coté du soleil.
Regardez, elle vous montre le dégradé qui va de ce bleu lumineux, intense, vaporeux, à un bleu plus sombre, plus soutenu vers le profond de la voute, et puis une autre mouette prend le relais, celle-ci vous fait découvrir des fontaines, des cascades de mauve au dessus de la mer, et puis elle se pose sur la mer sombre, soudain on ne la distingue plus qu’à peine.
Vous aviez oublié les couleurs chaudes et nettes du littoral encore au soleil : cette mouette vous y emmène, elle vous dit : « regarde là aussi ! n’oublie pas ! ».
vous êtes un bon élève. Une mouette va vous donner à voir l’épaisseur de l’espace, le charnel de la distance de vous à elle. Elle est au dessus de vous, elle vogue dans la lumière, toute proche, et chacun de ses battements d’aile fait vibrer toute l’atmosphère, toute la terre.
Maintenant vous pouvez récapituler tout l’espace que vous ont appris les mouettes, dans les dernières lueurs du jour. Tout se calme. Tout ce calme… N’oubliez pas.
05 mai 2008
rue popincourt
(Vous pouvez cliquer sur les images pour les agrandir)
Rue Popincourt, dans le 11ème arrondissement de Paris.
Un panneau de l'histoire de Paris, à l'entrée de la rue, nous dit tout ce qu'il faut savoir:
La rue doit donc son nom à « Jean de Popincourt, premier Président du Parlement, qui possédait ici un manoir. Plusieurs maisons furent construites ici, elles formèrent un petit hameau baptisée Popincourt ».
On imagine les maisons blotties autour du manoir. Et autour, des forêts, des marécages, des chemins mal entretenus ?
Après il y a un temple, les gens s'embrassent, ils ont le droit de partager une nouvelle foi, de sortir de l'ornière de l'obéissance et de la dévotion aux puissants. Mais cela ne dure pas, un an après le temple est détruit, la communauté dispersée, les flammes longuement torturent la nuit.
Les années passent, les couvent des soeurs Annonciades étend son emprise sur un territoire chaque jour plus important. Ses murs protègent, mais aussi ils excluent ; des pauvres sont secourus, d'autres sont chassés. Toutes les courroies du pouvoir se mettent en place. Pouvoir temporel, pouvoir spirituel. Une formidable activité, un vrai business, sur plus de 8 hectares.
Après on ne sait plus ce qui se passe, jusqu'à l'édification de l'improbable «nouvelle Église St-Ambroise», dont on voit les clochers depuis la rue Popincourt.
On ne sait pas comment le quartier autour de la rue Popincourt est devenu ce qu'il est : des ruelles, des impasses, des passages, des « cités », des « villas » ....
...cachent et protègent un peuple industrieux et discret, des coins de verdure, des silences, des tintements d'horloge.
Peut-être les lieux se souviennent-ils de l'ancien temple, des maisons blotties autour du manoir, des couloirs du couvent, du bruissement des robes des soeurs...
Et puis les affiches recouvrent les affiches, les maisons anciennes s'effondrent, d'autres surgissent de terre et de l'appétit des hommes.
D'une ancienne chronique, Pierre Michon, dans son livre Abbés, rapporte ce vers :
« Toutes choses sont muables et proches de l'incertain. »
14 novembre 2007
recherche du silence, 2
Mai 2007, Parc du bic, rive sud du Saint-Laurent, Québec, Canada. Ce qu'on voit, ce n'est pas la mer, c'est le Saint-Laurent. On ne voit pas l'autre rive, elle est très, très loin. Le fleuve se confond avec le ciel. Ce qu'on entend, on entend presque le silence, il n'est pas encore tout à fait là, il y a encore quelques distractions possibles, mais entendez le, il vibre au loin, et tout le paysage vibre avec lui !
24 septembre 2005
tgv paris méditerranée
Premier arrêt, même pas le temps de se retourner : Avignon. Gare ultra moderne, mais construite - en plein soleil, pas un poil d'ombre, et sur le modèle de la verrière, en plus ! - pour que les gens qui passent par Avignon, la ville la plus chaude de France, peut-être du monde (j'exagère), aient encore plus chaud que dans la ville !
Après, le tgv prend son temps, et on voit passer sous ses yeux :
Le Canet
Marseille Blancarde
St Marcel
Aubagne
St-Cyr les cadaquières
" Des golfes
clairs "
Une rue perpendiculaire à la voie, débordante de soleil
Toulon
La Garde
Des cyprès…
Bref tout un pays familier, visité, revisité par des peintres, des artistes de toute époque, abîmé, quelquefois défiguré, mais qui garde tout son mystère et toute sa magie.
Au retour je regarde de nouveau, maintenant avec quelque nostalgie, la grande bleue qui déploie ses fastes sous un soleil chaleureux, désormais automnal. Je suis surpris par l'indifférence des voyageurs : ils ferment le rideau car dérangés par le soleil, ils préfèrent regarder un dvd plein de gros durs, ils passent le temps, comme si le voyage lui même n'avait pas d'importance, était juste du temps perdu, le déplacement obligé d'un point à un autre.
On devine plus que l'on ne la voit la rade de Marseille, on
contourne l'agglomération, on entrevoit sa complexité, sa densité humaine. Et
puis le train prend la direction du nord, à toute allure, petit à petit le
paysage change, les prairies se font plus grasses, on passe et repasse au
dessus du Rhône. Le soleil, toujours chaleureux, dessine avec d'immenses nuages
un interminable couchant, qui vous
accompagne jusqu'à la banlieue parisienne…
02 septembre 2005
hirondelles
Une nouvelle de Jean Giono est intitulée La ville des hirondelles. La ville des hirondelles, pour Jean Giono c’est Manosque :
« Dans un temps, Manosque était appelée ville des hirondelles. C'est, de tout le pays des collines, la ville qui en abrite le plus dans ses génoises. On les voit tout d'un coup surgir par milliers et on ne sait pas d'où elles viennent. Buffon dit qu'elles passent l'hiver au fond des lacs, des étangs et des rivières. »
Moi je me souviens de certain soir d’été de mon enfance, dans la plus haute pièce de la maison, où je regardais tournoyer les hirondelles. Et brusquement je pris conscience du temps passé, du temps passé à les contempler, sans presque les voir, pendant qu’elles continuaient, innombrables, leur danse dans le ciel, un ciel maintenant plus sombre. Et moi, après cette sorte de réveil, de nouveau suspendu dans l’espace, au milieu des hirondelles.
Maintenant quelquefois je guette les hirondelles, au bord de l’eau. Quelquefois elles m’ignorent souverainement, et s’éloignent de moi à tire d’aile. Quelquefois elles me taquinent, elles me frôlent. Elles se passent le relais de mon attention : celle que je suis de yeux s’enfuit, disparaît soudain, une autre à cet instant pique sur moi, puis redresse sa trajectoire, part à la verticale, à la rencontre de trois hirondelles qui fusent en bouquet, se dispersent, et pendant ce temps, bien loin, tout là haut, un essaim se rapproche…
On peut croire que les hirondelles sont noires, en fait elles sont d’un bleu profond sur le dos, leur ventre d’un délicat gris cendré.
Je dis à mon fils que "dans le temps", il y avait plus d’hirondelles que maintenant, que certainement à cause de la pollution on n’en voit plus autant sur les fils électriques. Il me répond que c’est parce que maintenant il n’y a plus autant de fils électriques.
Je n’ai jamais vu d’hirondelles à
Paris.

04 juin 2005
après le non
Entendu à la télé, un journaliste américain qui vit en France, à propos du nouveau gouvernement : "C'est comme si le capitaine du Titanic, au moment où le bateau coule, ordonnnait de changer la disposition du mobilier". Il est filmé à la terrasse d'un café, en train de lire le "international herald tribune" (Arte).
Sarko est allé à Perpignan. Il parcourt les rues commerçantes, entouré de caméras. "Je suis là pour débarasser la France des voyous". "Je n'accepterai rien, vous m'entendez ? " On apprend ensuite qu'il n'est pas allé dans le quartier St-Jacques, là où ont eu lieu les affrontements, les meurtres. Des jeunes disent leur dépit :"Ce que j'espérais, c'est qu'il aille dans les quartiers...". Sarko reviendra en septembre, "une fois que les communautés seront désarmées" (France 2).
Un reportage dans une usine Altadis, dans le nord de la France. tout parait à l'abandon, dégradé. Des immenses hangars vides, désertés. Sur une porte vitrée, un autocollant "non", puis des "non" tagués en lettres rouges sur le murs de la cafeteria. "Avant il y avait 400 ouvriers, nous ne sommes plus que 40. Vous savez, les gens ils en crèvent de perdre leur boulot. Ici on a eu une tentative de suicide. 30 divorces. Mais dans l'autre usine, 5 suicides. Les patrons, ils s'en foutent complètement, c'est pas leur problème." (Arte). Sur le site internet de l'entreprise, on apprend que Altadis est un groupe "responsable vis à vis de ses actionnaires, de ses salariés, de ses clients, de l'environnement".
Sinon, l'Europe, on n'en parle plus tellement. Le non progresse au Luxembourg ! Le président Jean claude Junker annonce qu'il démissionnera si le non l'emporte, "je n'aurais plus aucune crédibilité". La Lettonie vient de ratifier par voie parlementaire. Bon, la Lettonie, ça ne pèse pas lourd, on s'en fout un peu. L' "architecte letton" (De Villers) a fait moins peur que le plombier polonais...
24 mars 2005
sieste
Repas de midi. Pas de travail en vue, je m'autorise à boire deux verres de vin blanc. Pendant le repas chacun est pris dans ses soucis, il y a des silences un peu insistants. Aussitôt après le café je pars m'allonger...
... Et les pensées peu à peu se calment. Les yeux fermés, le vilain jour gris et uniforme n'est plus là pour m'embêter. Il y a comme un manège qui tourne lentement dans ma tête, comme un souvenir de fée, aperçue un jour d'enfance...
... Je reviens dans le jour gris. Ma femme part au travail, elle me dit qu'elle rentre tard, les petits ennuis domestiques sont de nouveau là. La porte en bas se referme...
... Je recherche le pays d'où je viens. Je n'en ai plus de souvenir sinon celui d'un chaleureux bien-être... Et bientôt j'y suis, mais je ne suis plus là, je ne suis plus personne, il n'y a plus de bruit, il y a comme des vagues qui caressent un rivage lointain. Pourtant je sais que tout à l'heure quelqu'un doit sonner, doit arriver, et je compte...
Je compte et à l'heure dite je suis debout.
15 mars 2005
C'est la première fois depuis bien longtemps, un beau soleil nous fait une petite visite. Les gens dans la rue sont plus détendus, plus calmes. Brusquement des mois de tristesse, de déprime, se volatilisent, c'est comme s'ils n'avaient jamais existé. On a du mal à imaginer qu'il y a peu de temps on a pu se croire triste... Il en reste un souvenir, une trace, comme l'image subliminale d'un lac triste...
19 janvier 2005
19 janvier 2005, le temps fuit comme un chien maigre. Le temps passe et je ne fais rien, il ne m'en laisse pas le temps.
Au temps de mon enfance, chaque nouvelle année était un commencement,
une promesse. Maintenant c'est juste un chiffre qui change, une
convention abstraite à appliquer. Le 2005 de tous les calendriers : une
trace sur le papier. Ça résonne un peu nouveau à nos oreilles, ça nous
accompagne pendant un an, et puis ça rejoindra la cohorte des années
vécues, qui se confondent dans un brouillard indistinct, d'où
quelquefois surgit un souvenir.



















