07 mars 2009
tristesse d'amiens
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Un an à peu près que les travaux de rénovation de la place de la gare du Nord, à Amiens, sont finis .
La place de la gare c’était l’œuvre d’Auguste Perret, après la guerre, une place de proportions très classiques, mais révolutionnaire quant à son matériau – le béton – et dominée par l’étonnante silhouette de la tour Perret.
Une architecture modulaire, intelligente, qui parvenait à s’intégrer dans un lieu disparate, essentiel et contradictoire de la ville, et qui lui donnait une unité.
Une place surtout qui remplissait son rôle de carrefour et de rencontres, où il y avait des bagnoles, des gens, des taxis,… et même quelques arbres…,
et, aux heures de pointe, des embouteillages, des cris et de l’énervement, une place devant une gare, quoi, vivante de la vie des grandes villes de la fin du vingtième siècle.
Le maitre des lieux d’alors (Gilles de Robien), pour des motifs certainement louables, décida de remanier ce lieu hautement sensible, et donna, après un simulacre de concertation, sa préférence, au « projet Vasconi ».
Sur le papier, et sur les croquis, cela apparaissait comme une légère épure dessinée et construite par des anges, une « canopée », une verrière évanescente, quasiment immatérielle :
Hélas ! le résultat est tout à fait différent… 
On a l’impression que les décideurs se sont dits : toutes ces voitures, ces gens qui font des choses aux abords de la gare cela fait vraiment trop désordre, il faut mettre un terme à tout ça, il n’y a qu’ à interdire la circulation et le stationnement des voitures des piétons et des bus, comme ça nous aurons la paix, nous aurons un espace parfait, pur, calme, non pollué par l’humanité, le vulgum pecus.
De ce point de vue c’est réussi. Le résultat est un espace pompeux, vide, théâtralisé. Une scène de théâtre, oui, mais les seuls acteurs sont des adeptes du skate-board, peu enthousiastes, et il n’y a pas beaucoup de spectateurs.
Tout converge vers des coulisses sinistres et anonymes.
En se baladant sous la canopée, on s’aperçoit qu’on a affaire à des perspectives tristes, des plans inclinés, ou verticaux, ou horizontaux, sans grâce, sans rythme, sans débouchés.
C’est vrai qu’il n’y a plus d’embouteillage à la gare : il est pratiquement impossible de stationner pour venir chercher ou déposer un visiteur. Les taxis ont obtenu une dérogation, ils peuvent attendre le client sous la canopée, comme en douce, en marge. Mais pour les particuliers, il faudra composer avec les stationnements interdits, et de toute façon, impossible de passer naturellement près de la gare, on a à subir un détournement arbitraire, inutile, qui vous entraine dans un des plus laids paysages urbains qui soit, en plein centre-ville !
L'anonymat d'une ville grise et froide, agrémenté d'un magasin de pompes funèbres...
Maigre consolation : de Robien a été battu aux élections municipales, laissant la place à une équipe socialiste, apparemment plus soucieuse de la vie quotidienne des gens que de parsemer la ville de monuments et constructions plus ou moins grotesques.
Mais n’empêche que pour maintenant longtemps la situation autour de la gare est figée. Il sera long, difficile et couteux de réparer les dégâts. Toutes les contradictions, les difficultés, toute l’histoire de la ville, qui se concentrent dans ce lieu, sont maintenant coiffées d’une incompréhensible et inutile « canopée », le contraire d’une architecture belle et intelligente, telle qu’on peut la voir à l’autre gare du Nord, à l'autre bout de la ligne, la gare du nord de Paris, et son puits de lumière…
Alors oui, on peut parler de tristesse d'Amiens. Tout n'est pas négatif dans ce qu'a accompli de Robien, loin de là. Il a sorti la ville de sa torpeur résignée, il en a fait une métropole dans le gout de l'époque, bien plus vivante qu'elle ne l'était, relativement attractive, et certaines réalisations et équipements sont des réussites.
Mais on a l'impression en passant et repassant sur cette place qu'une sorte d'ancienne malédiction est revenue. La malédiction d'une ville qui ne trouve pas sa place entre les agglomérations parisiennes et lilloises, qui a voulu se la jouer grande dame ambitieuse, et qui se retrouve malgré tous ses efforts affublée d'un faux nez vulgaire et encombrant, et qui sait qu'il sera bien difficile de rattraper le coup, de réparer les dégâts, de se composer un visage plus aimable.
Les hortillonnages sont tout prés, oublions l'agitation et le calme également factices, profitons de notre chance – la ville est là, tout autour, nous entendons sa rumeur assourdie ! – contemplons longuement le jeux et les reflets d'une pâle lumière dans le courant tranquille de la Somme...
18 novembre 2008
les journées du patrimoine, et la vie éternelle
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Une journée du patrimoine, septembre 2008, à Amiens.
Quartier Sainte Anne. Le conférencier n’est pas très aimable, plutôt pressé, pas très pédagogue quoi. Pourtant il explique des choses intéressantes.
Nous sommes dans le nord de la France, les maisons sont en briques… Le long coté de la brique s’appelle la panneresse, le coté court la boutisse. La disposition des briques s’appelle l’appareillage, et on distingue l’appareillage anglais : on alterne une rangée de boutisses, une rangée de panneresses :
Plus rare et plus attrayant : l’appareillage flamand : dans chaque rangée, on alterne boutisse et panneresse :
Les constructions plus récentes sont dévolues à un appareillage plus commun (l’appareillage français ?), l’appareillage en panneresses, bien monotone :
Question de rentabilité, probablement.
Une campagne de ravalement a fait ressurgir la diversité des façades des maisons amiénoises, leur a donné un coup de jeune. À droite, une façade ravalée. La brique est mise à nu, les joints sont beurrés (pour rattraper l’irrégularité de la brique), à gauche les briques et les joints sont peints :
Plus rare et plus fragile, le joint en saillie. Difficile de trouver un artisan qui sache encore le faire :
Le quartier est calme maintenant, peut-être était-il plus animé dans le temps, en tout cas on décèle l’existence d’anciens commerces sur d’assez nombreuses façades :
Quartier Saint Acheul. Le conférencier est un architecte de la ville, beaucoup plus enthousiaste.
Il y a eu trois principales campagnes de construction de maisons amiénoises… Des promoteurs achetaient des lots et construisaient sur ces lots des maisons toutes semblables. Puis le temps fait son œuvre, les maisons sont diversement entretenues, aménagées, elles prennent chacune leur patine , leur personnalité :
Sur le boulevard de Pont-Noyelles, les maisons se font plus cossues, le décor est plus riche, mais on garde l’idée générale de la maison amiénoise :
Sauf des façades d’inspiration arts-déco, il n’y pas de style bien défini ; on parle de style éclectique… :
Une des personnes qui suit la conférence parle d’un magasin, Au bonheur des dames, aujourd’hui disparu. Je m’en souviens, il était au bas du boulevard, maintenant il y a une banque. Mais lui parle d’un temps plus ancien, où ce magasin aurait été un peu plus haut sur le boulevard...
En des temps encore plus anciens, la ville, plus petite, était protégée par des fortifications. Il en reste des traces : la rue du fossé, la rue de la contrescarpe, et cette bizarre place, qui sert de parking, la trace d’une ancienne redoute redoute :
Quartier Saint-Acheul et quartier Sainte-Anne sont les résultats d’une politique d’urbanisme cohérente et bien suivie dans le temps. Cela leur donne un aspect homogène, quelquefois monotone. De grands axes de circulation immémoriaux tranchent littéralement dans cette uniformité : la rue Jules Barni par exemple mélange de modestes maisons d’employés, d’ouvriers agricoles, des masures, des maisons de maitre, des entrepôts, d’anciennes petites fabriques :
Des générations d’humains ont moulé, puis posé des briques par ici. Ils ont monté des murs, puis se sont réfugié derrière. Quelquefois on voit un mur qui tente de retourner à l’état sauvage :
Ceux qui ont élevé ces murs maintenant ils sont morts. Mais nous, nous maintenons, nous nous souvenons. Nous vivons parmi eux, parmi la cohorte des morts oubliés, auxquels nous succédons, et que nous rejoindrons. Dans les journées du patrimoine ou dans des promenades mélancoliques, nous leur rendons un hommage maladroit, nous les maintenons en vie, nous nous imprégnons de leur présence mystérieuse.
01 août 2007
paris, le 28 juillet 2007
De République au pont Sully
Allez, saute !

si t'as pas peur de Rébecca...

puis grises peintures, rue Amelot

Vasques de riches (contrepoint jaune)


Place de la Bastille, Rue St-Antoine

Un grand homme veille sur nous

Arrivé au pont Sully c'est la fête, Paris-plage, sur les berges à la place des bagnoles il y a des piétons



Des piétons enfin des gens des humains quoi

qui se comportent comme des humains

dans un décor c'est beau c'est à pleurer
Comme artistes il y avait Imbertimbert, impressionnant tout seul avec sa contrebasse mais les paroles c'est pas ça. Et puis Melle, une lorraine qui a une sacrée pêche ("j'suis une lorraine, mais j'suis pas une quiche!")
02 novembre 2005
ermitage
Personnages : la radio – une araignée – des nuages dans le ciel – l'ermite – le vin – un chat.
Décor : une cuisine-salle à manger. Au fond, une grande baie vitrée donne sur un jardin automnal. Un vieil arbre perd doucement ses feuilles, une serpillère est étendue sur un fil à linge.
L'ermite est assis à sa table, il termine de manger. On le voit de dos, il regarde le jardin.
L'araignée – elle est toute petite, on la voit à peine – coule le long du fil qu'elle à tissé dehors, tout près de la baie. Quelquefois elle passe à hauteur des yeux de l'ermite, mais le plus souvent elle semble se promener dans le ciel, avec comme toile de fond les nuages qui passent.
La radio passe du Bach, puis du Schumann. L'ermite regarde le ciel, suit distraitement le mouvement des nuages, la gymnastique de l'araignée, écoute la radio. Dans un brusque accès de mélancolie, il profère :
— pourquoi faut-il que partout dans le monde les gens s'amusent, et que je sois seul, encore, en ce week-end de la Toussaint ?
Mais le vin coule dans son corps. Schumann se fait plus tendre. L'ermite se tait, il finit son verre. Il se laisse aller, il s'en veut vaguement de penser de telles âneries, puis il oublie ses colères, il se laisse bercer par la musique, qui prend brusquement des intonations militaires…
Maintenant il fait plus clair. Les nuages continuent leur ronde, blancs dans le ciel bleu. Le chat de la voisine vient s'asseoir tout près de la baie, regarde un peu à l'intérieur, puis repart.
25 septembre 2005
plage
Une plage tranquille à la fin de l'été, un soleil franc, le murmure des vagues…
On pourrait mettre ça en scène sous forme de petits sketches simultanés, à improviser :
Une dame d'un certain age, confortablement installée sur un siège de plage. Son téléphone portable sonne, la conversation s'engage. D'abord des murmures, mais petit à petit le ton monte, la dame s'agite sur son fauteuil, quelquefois ça s'emballe, elle crie littéralement : "donner congé, oui, donner congé", avec des intonations très vulgaires, qu'on n'aurait pas soupçonnées de sa part. Puis elle va raccrocher, et aternativement : gratter furieusement son téléphone ; se lever pour aller tirer de grosses bouffées d'une cigarette brune, genre gauloise caporal, les pieds dans l'eau, face à la plage, l'air pas aimable.
Une jeune femme et sa mère viennent s'installer. La jeune femme n'est pas spécialement belle, mais elle est mince, en deux-pièces. La mère est plus petite, boulotte, dans un maillot de bain une pièce noir. Elles s'allongent sur le sable, elles ont à voix basse une conversation secrète, intense. Un moment elles vont se baigner, elles restent au bord de l'eau, la jeune femme esquisse quelques mouvements de brasses, la mère reste debout, immobile, elle regarde sa fille avec une espèce d'admiration.
Un couple d'étrangers, des anglais, jeunes. Lui, c'est un athlète, parfaitement bati, très grand. Il marche en roulant des mécaniques, peut-être est-il un peu gêné par un trop grand corps, trop lourd, trop voyant ? Elle bien sûr parait frèle à coté de lui, elle passe inaperçue. Ils vont se baigner, bien sûr ils se livrent aux discrets jeux sexuels habituels dans ce genre de circonstance. À un moment le type fait tournoyer sa fiancée dans l'eau, autour de lui. Curieusement elle a des palmes au pied, elle garde les pieds joints, on dirait vraiment une sirène…
Une jeune femme en maillot rouge ignore souverainement le reste de la plage. Elle ne quitte pas des yeux son livre, si ce n'est pour signifier clairement, d'un regard peu amène : "vous me dérangez, je suis en train de lire", à ceux qui passent à proximité, qui s'installent un peu trop près de chez elle. Un vieux beau passe, s'arrête, regarde le livre, se penche, lui demande de quoi il s'agit. Elle, elle montre la couverture, n'esquisse pas un sourire. Le type pose quelques questions, essaie d'engager la conversation, elle répond à peine, elle attend que ça se passe, dans une inexpressivité absolue (pas d'agacement, pas de colère). Au bout d'un certain temps le type repart, visiblement satisfait. Elle, l'air un peu résigné, continue sa lecture qu'elle a à peine interrompue.
27 janvier 2005
grande surface
Il n'y a pas de décor, ou plutôt le décor est si bien fait qu'il
devient invisible (le décor c'est ce qu'on ne voit pas, dit Blang). Des
lumières aveuglantes, pas de zones d'ombre. Tout est à disposition de
la main, rien n'est caché. C'est brillant, aseptisé, mais en même temps
c'est sale, on sent comme une espèce de crasse consubstantielle aux
choses.
Il n' y a pas vraiment d'acteurs, ou alors des acteurs
transparents, interchangeables, sans personnalité. Tous poussent les
mêmes chariots, remplis de mêmes pauvres articles clinquants et fades.
Au rayon légumes, tout le monde a appris à se servir soi-même. Mais
ici, curieusement, une fois qu'on a choisi ses tomates, ses mandarines,
il faut aller les faire peser par une employée. Elle a donc un rôle,
une personnalité, une mission, un statut social au milieu des
zombies stressés.
On dirait presque que les zombies lui en veulent. Elle est sur un
genre de haut tabouret à roulettes, devant trois balances
électroniques. Il y a en permanence trois zombies qui tendent leurs
poches en plastic d'un air vaguement menaçant. Elle court d'un balance
à l'autre, sans relâche.
Il n'y a pas de dialogues. Aucune parole n'est échangée. Le client servi s'en va avec un vague signe de tête.
Pourquoi tout le monde est-il si pressé ? Sans doute les clients
veulent-ils fuir au plus vite l'absurdité du moment, se retrouver dans
la solitude réconfortante des rayonnages débordants de victuailles et
de richesses. L'employée, elle, s'efforce de suivre le rythme, le
rythme trop rapide des clients et le rythme trop lent des balances.
Et
il n'y a pas d'histoire, pas de drame, et pas de dénouements. Le
dénouement a lieu sans doute le soir, en dehors de la scène, pour
l'employée aux balances.
22 janvier 2005
chez le pharmacien
Dans une pharmacie moderne de
centre ville. Ambiance sérieuse et aseptisée. Bizarrement, les deux
préparatrices s'occupent de la même cliente, au comptoir. Plus loin, à
2 ou 3 mètres, un drôle de type. Petit, les cheveux négligés, un
manteau élimé, des chausures en fin de vie. Il a l'air exagérément
digne. Il s'appuie sur une canne. Il lance des regards qu'il veut
hautains et détachés en direction d'un autre client qui vient après
lui, et qui se tient à bonne distance..
Ben oui, car le drôle de
type dégage une puanteur insoutenable.Une odeur choquante, incongrue
dans ce lieu si propre, aseptisé, civilisé.
On comprend le peu d'empressement des préparatrices à servir le monsieur.
D'autres clients arrivent, mais le drôle de monsieur est toujours entouré du même cordon sanitaire.
La place au comptoir se dégage. la cliente qui s'en va ne fait semblant de rien. Le type s'approche.
Une préparatrice (l'air affolé et dégouté) : Pour monsieur ?
Le type (en se penchant) : [...] Marmonne quelque chose d'inaudible.
La préparatrice (énervée et dencore plus dégoutée) : Comment ?
Le type parle
à voix basse. La préparatrice est obligée de se pencher tout à fait
vers son oreille. Enfin elle comprend. Elle va chercher ce qui lui est
demandé, sert vite le type, qui paie et part d'un air très digne.
Il est suivi des regards méprisants, génés, misericordieux des autres.
Quelques rires confus après qu'il est sorti.
Une préparatrice vaporise du parfum dans toute l'officine.
19 janvier 2005
Chez le boucher
Dans une boucherie de
quartier, heure d'affluence. Brouhaha de conversations entre les
clients, entre les clients et les serveurs. Un jeune garçon,
visiblement timide et impressionné, ne participe pas aux conversations.
Il est légèrement bousculé chaque fois que , par à-coups, la file
d'attente progresse.
Vient le tour du petit garçon.
Un garçon boucher (voix forte) : Jeune homme !
Le petit garçon (voix faible et hésitante) : Euh... Un kilo de côtelettes, s'il vous plaît !
Le garçon boucher : Ah oui ! Avec tout l'argent que tu as gagné !
Quelques rires fusent. Le dialogue s'est fait dans un relatif silence.
Je ne peux pas m'empêcher de jeter un regard haineux au boucher.
Quelques instants plus tard, il me servira en souriant.





























