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Il s’agit bien de cela, oui. Il s’agit de la naissance de la vie, son surgissement, son fonctionnement intime. Les mitochondries, les cellules palpitent, les sèves circulent. Le foisonnement, la fécondation, l’ovule.

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En bas c’est le fond de la mer. Des animalcules, des brins d’algue vibrionnent dans la lumière qui vient d’en haut, ils sont secoués agités par les remous de l’océan, et puis ça s’organise, une colonne se dresse, elle tourne sur elle-même, ça s’élève, ça s’arrache du fond obscur et ça surgit dans la lumière blanche :

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sur fond blanc en demi-lune coupée, au centre du tableau, il y a ce fonctionnement obstiné, peut-être le mouvement obscur que nous sentons dans nos entrailles, ou la circulation de l’air dans les alvéoles de la cage thoracique, mais la cage a éclaté, il y a la joie secrète et éclatante de la floraison, et la lourdeur des fruits mûrs, grenades, iris, bleuets, cassis et grappes bleues, les simples et les ignorés, la feuille morte qu’on foule sur le chemin, les poulpes et les pieuvres, l’inflorescence, le cablage, le réseau…

 

Là haut ça grimpe, ça s’étend ça explore le ciel, ça s’installe.

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On a surgi de la mer, il s’agit maintenant de s’inscrire dans le ciel, tournoyer dans l’azur, s’élancer vers des galaxies lointaines et si proches et si semblables cependant. On les voit ces galaxies, maintenant ce sont elles qui tournoient dans le ciel, il faudrait mieux dire derrière le ciel, car ce n’est plus ici, ce n’est plus sur terre, le mouvement est maintenant lointain , estompé…

 

 

Mais, assez de ces verbiages. Paix, calme, silence. Je contemple une autre toile, et ce n’est rien, c’est comme de contempler rêveusement un bouquet de fleurs, dans un intérieur bien confortable, ou bien alors  sortir dans le froid de la saison, et regarder et écouter un arbre qui bruisse doucement dans la grise lumière d’un après midi suspendu. Séraphine est là, c’est son jour de congé. Tout le monde la prend pour un folle, ou une simple d’esprit. Elle est comme ses toiles.

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Ici l’esprit souffle doucement. Les fruits d’or sont lourds, sur leur fond profond de feuilles dentelées. L’esprit du créateur est immense, à vrai dire sa fantaisie n’a pas de limite, et l’œil de Séraphine regarde amusé ce déploiement que tout le monde oublie.

 

Séraphine Louis, dite Séraphine de Senlis.

 

Une expo au musée Maillol, à Paris, jusqu'au 5 janvier. 18 œuvres en tout. Beaucoup viennent du musée d'art et d'archéologie de Senlis.

 

Un beau film de Martin Provost, avec Yolande Moreau.

 

Dans le site de la dormeuse, on peut lire l'article affamées, qui met en parallèle les destins tragiques de Camille Claudel et Séraphine Louis.